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Au Bénin, la figure de l’opposition Reckya Madougou condamnée à vingt ans de prison

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L’opposante béninoise et ancienne garde des sceaux Reckya Madougou a été condamnée, samedi 11 décembre, à vingt ans de prison pour terrorisme devant un tribunal spécial à Porto-Novo, la capitale du Bénin. Quatre jours auparavant, un autre opposant, Joël Aïvo, avait été condamné à dix ans de prison.

Après plus de vingt heures d’audience, Mme Madougou, 47 ans, a été reconnue coupable de « complicité d’actes terroristes » par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). L’opposante, qui avait plaidé non coupable, a été condamnée à la peine requise par le procureur. « Cette cour a délibérément décidé de clouer au pilori une innocente », a dit Mme Madougou, peu avant l’annonce du verdict. « Je n’ai jamais été et je ne serai jamais une terroriste. »

Mis en place par le pouvoir en 2018, ce tribunal spécial est accusé par ses détracteurs de servir d’instrument juridique du pouvoir pour museler l’opposition. « C’est triste pour notre justice. Je maintiens qu’il n’y a pas de preuve », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Robert Dossou, l’un des avocats de Reckya Madougou. « Jugée à 6 heures du matin, sans témoins, sans pièces, sans preuve, Reckya Madougou condamnée à vingt ans de prison par trois suppôts du pouvoir. Son crime : avoir incarné une alternance démocratique au régime de Patrice Talon »a réagi sur Twitter un autre de ses avocats, Antoine Vey.

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« Cette procédure n’est qu’un coup politique »

L’ancienne ministre, dont la candidature à l’élection présidentielle du 11 avril avait été rejetée, avait été arrêtée quelques semaines avant le scrutin qui a vu le président Patrice Talon être réélu pour un second mandat, avec plus de 86 % des voix. Mise en examen et écrouée au début de mars à Cotonou, la capitale économique, l’opposante est accusée d’avoir financé une opération visant à assassiner des personnalités politiques pour empêcher la tenue du scrutin et ainsi « déstabiliser » le pays.

L’audience, qui s’est déroulée dans le calme, a été marquée dès son ouverture, vendredi, par l’indignation de l’un des avocats de l’accusée, Antoine Vey, qui avait affirmé à la barre : « Cette procédure n’est qu’un coup politique. Avant même son arrestation, tout a été orchestré. » Dans la foulée, l’avocat, arrivé la veille de Paris, a demandé l’annulation du procès avant de quitter la salle, sans jamais revenir. Il a ensuite dénoncé auprès de l’AFP « un procès qui n’a rien de judiciaire ».

Le gouvernement affirme que la Criet est un organe totalement indépendant, jugeant de manière impartiale et faisant fi des appartenances politiques. Pourtant, c’est presque sans surprise que Mme Madougou a été condamnée, affirmant elle-même à la barre « ne pas se faire d’illusion » quant à l’issue du procès. « Je m’offre à la démocratie de mon pays si mon sacrifice peut rendre à votre cour son indépendance », avait-elle lancé dans la soirée.

Tournant autoritaire

La même cour avait condamné en 2018 puis en 2020 par contumace Sébastien Ajavon, opposant arrivé troisième de l’élection présidentielle de 2016, à vingt-cinq ans de prison pour trafic de drogue et « faux, usage de faux et escroquerie ». A l’instar de la majorité des figures de l’opposition au Bénin, il vit désormais en exil.

Une centaine de détenus d’opinion (blogueurs, militants, manifestants, politiques…) se trouvent en détention aujourd’hui dans les prisons béninoises. Plusieurs ont été arrêtés dans la foulée du scrutin présidentiel d’avril, une élection marquée par des violences ayant fait au moins deux morts.

Mardi 7 décembre, la Criet avait déjà condamné un autre opposant, Joël Aïvo, à dix ans de prison, notamment pour « complot contre l’autorité de l’Etat » et « blanchiment de capitaux ». En détention depuis huit mois, l’universitaire avait, lui aussi, été arrêté au lendemain de la réélection de M. Talon. Ce richissime homme d’affaires, élu président une première fois en 2015, est accusé d’avoir engagé le Bénin dans un tournant autoritaire au nom du « développement de son pays ».

Afrika Stratégies France avec Le Monde Afrique

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