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BENIN : 1er août, ultime aubaine pour Talon de vider sa besace de détenus politique ?

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La tradition veut quà loccasion de la fête nationale, le président béninois adresse la parole au peuple. Moment choisit par la pratique pour réduire des peines de prison et libérer certains détenus. Cette année, tous les regards sont tournés vers ceux politiques notamment Reckya Madougou et Joël Aïvo, en prison depuis un peu plus dun an et faisant objet de moult négociations.

Dans la foulée de larrestation, une forte mobilisation de chef détat na pas pu aboutir à la libération de Reckya Madougou, connu pour sa culture de réseaux dinfluence. Idem pour Joël Aïvo. Patrice Talon a toujours avancé pour raison de ne pas vouloir se mêler des questions de justice. Jusquà ce quen claquant la porte de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), juridiction spéciale lancée par le chef de létat béninois pour traquer ses opposants, un juge ne détaille les injonctions quils reçoivent du Palais de la Marina. Essowè Batamoussi na pas pu supporter trop longtemps « les ordres qui venaient directement de la présidence de la République« . Depuis, il est en exil en France.

Un fort lobbying autour

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Une forte mobilisation de dirigeants africains a été observée autour du cas Madougou. Au moment de se présenter contre Talon à la présidentielle de 2021, lexperte en finances était Conseillère spéciale et technique du président togolais. Plus tôt, elle avait porté deux grands projets financiers, notamment de finance inclusive et de finance agricole, le Mifa. Elle multipliait des consultations auprès de nombreux dirigeants de la sous-région, ce qui lui a permis de disposer dun réseau « dintercesseurs«  qui n’ont pas pu malheureusement infléchir la détermination de Patrice Talon. Cest le cas de Macky Sall (Sénégal), Alassane Ouattara (Côte dIvoire), Nana Kuffo-Addo (Ghana), ou encore Ali Bongo (Gabon) et Denis Sassou Nguesso (Congo). Ils sont tous, à divers moments intervenus auprès de Patrice Talon pour obtenir sa libération, avant larrivée à Cotonou dEmmanuel Macron qui est allé dans le même sens. Ayant des relations particulières avec cette conseillère spéciale, Faure Gnassingbé a voulu éviter des pressions directes sur son homologue béninois. Sauf qualors que tous sattendaient à une libération en décembre dernier, ce ne fut pas le cas.

Une libération loupée

Patrice Talon avait donné sa parole à Denis Sassou Nguesso ainsi quà d’autres chefs détat pour une libération en décembre, à loccasion des fêtes de fin dannée. Elle n’a jamais eu lieu. Lors de sa rencontre avec Macron cette semaine à Cotonou, si l’autocrate béninois n’a pas reconnu l’existence de prisonniers politiques, il en a tout de même libéré une trentaine dans la foulée du passage du président français. Trente détenus qui ne doivent leur arrestation qu’à leurs opinions et leur engagement politique. Un acte qui sonne comme une contradiction alors que quelques heures plus tôt, le chef de l’état béninois niait l’existence de prisonniers politiques. Contrairement à l’ambassade de France à Cotonou qui a entretenu un flou hypocrite sur le sujet, celle des Etats-Unis n’a de cesse de réclamer leur libération et la décrispation de l’espace politique. Mais rien n’est gagné d’autant que les dernières discussions porteraient sur la nature de l’acte qui occasionnera la libération des derniers gros poissons des prisons de Talon. Grâce présidentielle ou amnistie ?

1er août prometteur ?

Difficile là encore de donner une réponse précise. Des promesses passées n’ayant pas été respectées. Mais un autre détail est lié à la nature de la disposition dont la libération desdétenus sera la cause. Patrice Talon préfère une grâce présidentielle, un geste qui, juridiquement, maintient les bénéficiaires dans une posture de condamnés et les priverait de certains droits notamment politiques. Reckya Madougou qui ne reconnait aucun des faits pour lesquels elle est accusé ainsi que Joël Aïvo préfèrent une amnistie sinon une libération pure et simple, la justice n’ayant, à aucun moment, pu prouver leur culpabilité. Ces deux leaders de lopposition nont été jetés en prison que pour avoir osé se porter candidats pour la présidentielle. Les divers chefs daccusation dont ils ont fait objet ne sont que dhabiles inventions de lexécutif et de la justice aux ordres pour les écarter dune élection pour laquelle ils troubleraient la réélection du candidat sortant. Aussi, une amnistie profiterait à dautres béninois, qui, pour se soustraire à une justice devenue épicerie personne de Patrice Talon, ont pris la clé des champs et se sont retrouvés en exil. Ce qui serait dautant plus logique que Komi Koutché et Léhady Soglo, deux leaders de premier plan sont actuellement aux Etats-Unis et en France pour avoir refusé de collaborer avec le tribun despote.

A quelques jours de la fête national, le 1er août, tous les regards sont tournés vers le fameux discours de la veille. Même si avec Patrie Talon, rien nest gagné davance.

MAX-SAVI Carmel

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