En Guinée, le transfert de Toumba Diakité, ancien aide de camp de l’ex-dictateur Moussa Dadis Camara condamné à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité, a provoqué des tirs, le bouclage du centre de Conakry et une confrontation publique entre le parquet et la défense.
Cohue générale et embouteillages sans fin. Dès les premiers tirs, ce mardi 10 février, la tension a saisi le quartier de Kaloum, à Conakry. La prison centrale se situe à seulement 500 mètres de la présidence. La zone a été rapidement bouclée par les forces de sécurité.
Le retour au calme a eu lieu aux alentours de midi après la publication d’un communiqué du procureur général Fallou Doumbouya. Dans ce document, le parquet annonce le transfert de Toumba Diakité de la prison centrale de Conakry vers le centre de détention de Koya, une décision prise, selon les autorités, « dans le but de préserver l’ordre public et de garantir la sécurité au sein de la prison ».

Une opération menée par les forces spéciales
Le communiqué précise que le transfert a été effectué par les forces spéciales, après le refus de Toumba Diakité de se soumettre à la mesure et la rébellion de certains de ses codétenus, ce qui aurait conduit les forces de l’ordre à faire usage de la force.
Le procureur général justifie cette décision par des incidents survenus la veille. Selon lui, lors d’une vaste opération de contrôle menée lundi à la prison centrale, l’ancien aide de camp aurait refusé la fouille de sa cellule et adopté une attitude agressive à l’égard des gardiens.
Les avocats dénoncent une mesure « illégale »
Ces affirmations sont vigoureusement contestées par la défense. Par communiqué interposé, les avocats de Toumba Diakité dénoncent un transfert qu’ils jugent sans fondement juridique. Maître Paul Yomba Kourouma s’interroge publiquement sur la légalité de la décision et sur les bases juridiques ayant permis ce changement de lieu de détention.
Le collectif d’avocats, par la voix de Maître Lancinet Sylla, rejette en bloc la version du parquet. « Nous sommes choqués, ulcérés par cette mesure qui est aussi bien illégale qu’inadmissible », a-t-il déclaré. « Lorsque le procureur général parle d’une prétendue résistance au cours d’une opération de fouille, ce n’est pas exact. Il s’est prêté à l’opération, il n’a jamais résisté. Ce n’est qu’un prétexte pour le faire quitter en toute illégalité son lieu de détention », a affirmé l’avocat, qui demande que « la légalité soit rétablie ».
Condamné à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité lors du procès du 28 septembre, Toumba Diakité a déjà purgé près de neuf années de détention. Ses avocats réclament l’application de la loi et son retour immédiat à la prison centrale de Conakry.
Afrika Stratégies France avec RFI
