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Revue d'intelligence et d'Analyse

COTE D’IVOIRE/VATICAN : Ouattara se ressource chez François et prie pour la paix

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Les deux hommes ont toujours entretenu d’excellentes relations et se vouent « respect et amitié » selon la salle de presse du Saint Siège. Le président ivoirien est allé visiter le pape ce samedi. Occasion pour Alassane Ouattara et le pontife argentin de passer en revue le bilatéralisme et d’évoquer les grands sujets du moment.

Arrivé à Rome en milieu de semaine, Alassane Ouattara a eu un agenda surchargé entre le Quirinal, siège de l’état italien et le Vatican. Deux visites d’état en une car on ne le dira pas assez, le Vatican est un état souverain avec son armée, la Garde suisse, sa brigade, la Gendarmerie pontificale, sa monnaie, l’euro avec l’effigie du pape régnant ainsi qu’un hymne national, la Marche pontificale. Depuis son indépendance, la Côte d’Ivoire a toujours entretenu d’excellentes relations avec cet état de 44 hectares et d’un millier d’habitants notamment des fonctionnaires de la Curie romaine, son gouvernement et les familles des hauts cadres qui y sont affiliés. Ce voyage fait suite à celui en 2011 chez Benoit XVI alors que pendant longtemps, Alassane Ouattara a souhaité une visite apostolique de l’actuel pape dans son pays qui se remet après une sanglante guerre civile postélectorale. Un séjour entre émotions et échanges dominé par la prière pour la paix.

Un séjour fort diplomatique

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Une forte délégation a accompagné le président ivoirien qui avait dû, compte tenu du maintien en otage par le Mali de 46 de ses soldats, écourter ses vacances en France pour revenir fin août à Abidjan. Alors qu’il doit se rendre à l’Assemblée générale de l’Organisation des nations unies (Onu) à New York où un sommet extraordinaire de la Communauté des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) sera consacré à la crise qui oppose Abidjan à Bamako sur les militaires arrêtés depuis le 10 juillet à leur arrivée pour une mission onusienne au Mali, Ouattara fait un détour à Rome. Au-delà de son échange avec le pape qui a eu lieu ce samedi, le président ivoirien qui est à Rome depuis trois jours a eu une intense activité diplomatique. Notamment la rencontre avec le Professeur Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté Sant’Egidio puis aussi un détour très économique au siège du patronat italien. D’autres activités plus religieuses ont précédé la rencontre avec le pape, il s’agit notamment de sa participation, en compagnie de son épouse, Dominique, catholique d’obédience, à la messe d’action de grâce pour la « paix retrouvée en Côte d’Ivoire » en la Basilique Sainte-Marie Majeure, l’une des quatre basiliques majeures de Rome, située sur la Piazza dell’Esquilino au sommet de la colline de l’Esquilin. Alassane Ouattara s’est longuement entretenu lors d’un déjeuner de travail avec le président italien, Sergio Mattarela au Palais du Quirinal, en plein centre de Rome.

Possible visite du pape à Abidjan ?

Ce fut pendant longtemps le souhait d’Alassane Ouattara qui a envoyé deux missions différentes au Vatican sur le sujet. Bien que de confession musulmane, le président ivoirien a toujours souhaité une visite apostolique du pape. Il a fait de lobbying dans ce sens sous Benoit XVI, prédécesseur de l’actuel souverain pontife. Mais puisque le pontificat du pape allemand fut bref, il a dès 2016, relancé la machine. Du 27 juin au 2 juillet de cette année-là, le cardinal Jean-Pierre Kutwa et deux émissaires du gouvernement ont séjourné à cet effet à Rome. Accompagné d’Anne Ouloto, à l’époque ministre de la Salubrité urbaine, et Jeanne Peuhmond, conseillère spéciale à la présidence, l’archevêque d’Abidjan a fait un travail de lobbying. Mais l’agenda du vicaire du Christ était surchargé et surtout, les années qui ont suivi, la dégradation lente de sa santé a commencé avant de s’accélérer ces deux dernières années. Lors de sa visite au Vatican ce 17 septembre, Alassane Ouattara a réitéré ce désir, non sans en douter, vu que François l’a reçu avec une canne à la main, physiquement fragile. Le président ivoirien dont l’épouse est catholique d’origine juive, ne verra peut-être pas le pape à Abidjan mais le renforcement des relations entre l’institution bimillénaire et la Côte d’Ivoire n’est pas moins important.

Lien serré entre Abidjan et le Vatican

Plus que le concordat qui a défini la vie, le statut et les prérogatives de l’Eglise catholique en Côte d’Ivoire, les deux états entretiennent de très bonnes relations. D’ailleurs, dans la foulée de la rencontre avec le pape, Pietro Parolin a eu une séance de travail avec la délégation ivoirienne composée entre autres de Patrick Achi, Premier ministre ou encore de la ministre d’état, en charge des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Diaspora, Kandia Camara. Le président Ouattara s’était déjà rendu en novembre 2012 au Vatican, à l’invitation du pape Benoit XVI, l’année qui a suivi son accession au pouvoir en 2011. En 1992, une convention entre la Fondation Internationale Notre Dame de la Paix de Yamoussoukro créée par le saint pape Jean Paul II et le Saint Siège avait été signée par Amara Essy, chef de la diplomatie ivoirienne et le nonce apostolique de l’époque, Janusz Bolonek. Quelques années plus tôt, Félix Houphouët Boigny, premier président du pays avait construit la plus haute et grande basilique du monde, éponyme de ladite fondation. Abidjan et Rome ont toujours entretenu, entre envois protocolaires d’ambassadeurs et plusieurs conventions, des relations cordiales portées par de fortes amitiés. Ouattara et François échangent par ailleurs, selon des sources concordantes, « plusieurs messages chaque année« .

MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France

 

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