Le Kenya ne raffine plus de pétrole depuis 2013, mais reste un point de transit important pour les carburants consommés dans plusieurs pays voisins. Avec Lamu, Dangote veut couvrir l’intégralité de la chaîne : importer du brut, le transformer sur place, et approvisionner une partie du marché régional.
Aliko Dangote a franchi ce mercredi 30 septembre une nouvelle étape dans son projet de raffinerie au Kenya. Son groupe a lancé à Lamu la construction de l’installation à 16 milliards de dollars (près de 14,1 milliards d’euros), conçue pour traiter 700 000 barils de pétrole par jour et dont l’achèvement est prévu pour 2030.
Le chantier en était encore au stade préparatoire il y a quelques mois. En juillet, Dangote Industries indiquait que le site avait été sélectionné, que les tests de sol étaient en cours, et que les travaux de conception et d’ingénierie avaient débuté. Le coût n’avait alors pas encore été communiqué. Depuis, les préparatifs se sont accélérés. Selon la Kenya News Agency, 2 930 tonnes d’équipements lourds destinés au chantier sont arrivées fin septembre au port de Lamu.
Du carburant importé au brut importé
La raffinerie doit reprendre à Lamu le modèle développé par le groupe au Nigeria, avec une ambition régionale. Le Kenya importe aujourd’hui l’ensemble de ses carburants raffinés depuis l’arrêt, en 2013, des activités de raffinage de l’ancienne Kenya Petroleum Refineries Limited à Mombasa. Mais une partie importante de ces importations ne reste pas dans le pays. Le réseau pétrolier kényan dessert également des marchés voisins, notamment l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Soudan du Sud, et une partie de la République démocratique du Congo.
Le plan de développement pétrolier de l’Energy and Petroleum Regulatory Authority (EPRA) estime ainsi qu’en 2024, pour l’essence, la répartition entre consommation kényane et volumes de transit était d’environ 52% contre 48%. Pour le diesel, elle était de 59% contre 41%. L’autorité présente elle-même le Kenya comme le principal point d’entrée des carburants destinés à plusieurs pays enclavés de la région.
Le pari de Dangote consiste donc à déplacer une partie de cette chaîne de valeur. Au lieu d’importer uniquement des carburants déjà transformés ailleurs, le Kenya pourrait recevoir davantage de pétrole brut, le raffiner à Lamu puis redistribuer les produits finis sur son marché et dans les pays voisins.
Le test passe désormais à l’exécution
Le lancement du chantier ne lève toutefois pas toutes les inconnues. Si Dangote a déjà indiqué vouloir combiner ressources internes, émissions obligataires et ouverture du capital, la répartition du financement reste à préciser. Le groupe devra aussi sécuriser suffisamment de brut pour faire fonctionner une installation de cette taille, et disposer d’infrastructures permettant d’écouler les volumes produits vers les différents marchés visés.
Sur ce dernier point, le Kenya dispose déjà d’un réseau qui alimente son marché et plusieurs pays voisins, mais l’EPRA souligne que les investissements dans les infrastructures pétrolières n’ont pas toujours progressé au même rythme. L’augmentation des capacités d’importation n’a notamment pas été accompagnée partout d’investissements équivalents dans les pipelines et le stockage, ce qui a contribué à des congestions et à des coûts supplémentaires.
Le précédent nigérian rappelle aussi que le passage du chantier à la production peut prendre du temps. À Lekki, la raffinerie de Dangote a connu plusieurs années de retard et une forte hausse de son coût avant son entrée en service. Le contexte de Lamu est différent, avec une production locale de brut encore limitée et certaines infrastructures prévues autour du corridor LAPSSET qui restent à développer.
À cela s’ajoute un contentieux foncier. 133 habitants de Lamu contestent l’utilisation d’une partie des terrains concernés, qu’ils revendiquent comme terres ancestrales. La justice a ordonné le maintien du statu quo sur les parcelles litigieuses jusqu’à une audience prévue le 14 octobre, sans interdire à ce stade la cérémonie annoncée pour le 30 septembre.
Au-delà de ces contraintes, l’enjeu sera aussi celui de la compétitivité. Raffiner au Kenya ne garantit pas, à elle seule, des carburants moins chers : leur prix restera notamment lié au coût du brut, au taux de change, à la fiscalité et à la logistique. La réussite du projet dépendra donc aussi de la capacité de Lamu à produire et distribuer des carburants à des conditions compétitives face aux importations.
