Gaz naturel : le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo s’unissent pour sécuriser leur approvisionnement
ministres de l’Énergie de Côte d’Ivoire, du Togo et du Bénin se sont réunis à Abidjan, dimanche 7 décembre, pour poser les fondations d’un mécanisme tripartite destiné à renforcer la sécurité d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL). Soutenue par le groupe de la Banque mondiale, cette initiative répond à une préoccupation partagée par les trois pays, dont les réseaux électriques reposent désormais largement sur le gaz (jusqu’à 69% en Côte d’Ivoire par exemple), dans un contexte de demande croissante et de marchés volatils.
Une approche collective
La rencontre a également donné l’occasion au vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, de plaider pour une approche collective. Selon lui, une demande regroupée renforcerait la capacité de négociation des États face aux fournisseurs internationaux tout en facilitant la mobilisation de financements. Le groupe de la Banque mondiale a confirmé sa disponibilité à accompagner les trois gouvernements, mobilisant au besoin la Société financière internationale (IFC) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) pour sécuriser les investissements.
Les trois gouvernements ont validé une feuille de route qui prévoit la mutualisation des importations de GNL, la mise en place d’une équipe technique sous un mois pour concevoir le modèle opérationnel, puis l’élaboration d’un projet bancable avec l’appui des partenaires financiers. L’ambition est de réduire les coûts, d’améliorer la stabilité de l’approvisionnement et d’accélérer la transition vers des solutions énergétiques moins émettrices.
Un système très dépendant du gaz nigérian
En Afrique de l’Ouest, l’approvisionnement en gaz naturel repose encore largement sur le Nigeria, qui détient environ un tiers des réserves prouvées de gaz du continent et cherche à faire de cette ressource le pivot de sa stratégie d’industrialisation.

L’infrastructure clé pour alimenter les voisins côtiers est le West African Gas Pipeline (WAGP), un gazoduc de près de 680 km qui achemine du gaz nigérian depuis Lagos vers le Ghana en passant par Cotonou (Bénin) et Lomé (Togo). Le pipeline est exploité par WAPCo, un consortium composé de l’américain Chevron, du britannique Shell, et de compagnies publiques des quatre pays impliqués. Il constitue aujourd’hui « l’épine dorsale » de la production électrique au Bénin, au Togo et au Ghana.
Ce système reste toutefois fragile : des opérations de maintenance ou des perturbations en amont au Nigeria entraînent régulièrement des baisses de flux, avec à la clé des délestages dans les pays interconnectés.
La Côte d’Ivoire comme futur pôle gazier
C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée d’un second pôle gazier régional centré sur la Côte d’Ivoire, pour diversifier les sources et réduire la dépendance structurelle au gaz nigérian, notamment pour le Togo et le Bénin.
Cette dynamique régionale s’inscrit dans un moment où la Côte d’Ivoire consolide rapidement son statut de hub gazier. Depuis son entrée en production en 2023, le gisement Baleine, estimé à environ 3 300 milliards de pieds cubes de gaz, alimente déjà plusieurs centrales électriques du pays. Une nouvelle phase d’exploration est en cours, le navire Deepwater Skyros ayant entrepris le forage de trois puits supplémentaires dans les zones Civette, Calao et Caracal afin d’affiner l’évaluation des réserves et d’accroître la capacité nationale.
En parallèle, Abidjan et Accra poursuivent les études concernant un gazoduc bidirectionnel destiné à relier leurs réseaux respectifs. Cette infrastructure soutiendrait non seulement la production électrique, mais aussi l’industrie des engrais et divers autres usages. À terme, elle pourrait contribuer à renforcer l’alimentation du WAGP.
Afrika Stratégies France avec La Tribune Afrique
