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Nigeria : Après l’attaque de l’église d’Owo, panique et inquiétude dans les lieux de culte

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À la suite de l’attaque de l’église Saint-François d’Assise d’Owo au sud-ouest qui a fait quarante morts, l’inquiétude s’est emparée des lieux de culte malgré l’appel « à la confiance » de Mgr Jude Arogundade et les vives condamnations de la communauté musulmane. Les églises de la localité ont été placées sous protection policière alors que les mosquées se sont subitement vidées.

Vendredi. Grand jour de prière musulmane. Malgré l’appel à la prière un peu plus long que d’habitude, Ahmad Aladesawe présidera une assemblée presque éparse. L’imam de la ville d’Owo (État d’Ondo, sud – ouest du pays) est tout ému. Cinq jours après l’attaque d’une église dans cette zone jusque-là épargnée par la violence terroriste, « les fidèles ont fui la ville » selon le chef religieux qui, après avoir condamné l’événement, a fait don de 1130 euros aux catholiques de la ville. Redoutant les représailles alors que les auteurs de l’attaque ne sont pas identifiés, les musulmans ne se mobilisent pas à l’entrée des mosquées. Deux jours après l’attaque de l’église, des djihadistes présumés s’en sont pris à une communauté de ferrailleurs, faisant 23 morts. Entre panique et inquiétude, « les populations évitent les lieux de culte et les rues sont désertes dès la fin de l’après midi » selon Isaac Ogundé, habitant d’Owo et protestant évangélique contacté sur place par L’Incorrect.

Inquiétude malgré l’immense solidarité

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Ahmad Aladesawe comprend l’inquiétude des croyants « musulmans comme chrétiens ». Il a d’ailleurs confié à la presse avoir perdu des amis et proches catholiques. « L’une des membres de ma famille a reçu une balle dans le dos », a confié l’imam d’Owo qui a aussitôt appelé les musulmans à manifester leur solidarité à l’endroit des chrétiens. Un appel qui a reçu un large écho d’autant que plusieurs collectes de fonds ont été mises en place pour soutenir les victimes. « Nous avons proposé aux églises de les aider à assurer leur sécurité pendant les cultes », a confié Bouhaïma, étudiant en sociologie qui confirme avoir adressé un courrier aux autorités chrétiennes dans ce sens. « On peut les aider le dimanche puisque c’est vendredi notre grand jour de prière », insiste-t-il. Joints au téléphone, plusieurs prêtres du diocèse ont avoué « craindre pour leur vie » et ce d’autant qu’habituées à vivre ensemble, les populations d’Owo « ne s’attendaient pas du tout à une telle attaque », selon Aladesawe. Le gouverneur de l’état d’Ondo demande aux citoyens de « rester calmes mais vigilants » rappelant « qu’aucune localité n’est désormais épargnée » par le terrorisme.

Cohabitation pacifique

Contrairement au nord est du pays plutôt habitué aux attaques terroristes, le sud-ouest « est une zone de cohabitation pacifique entre les religions », selon Rauf Aregbesola. Le ministre de l’Intérieur s’est immédiatement rendu à Owo après l’événement et a laissé entendre que le « gouvernement soupçonnait le groupe djihadiste État islamique en Afrique de l’ouest (Iswap) » compte tenu de « nombreuses similitudes avec son mode opératoire ». Mais le gouvernement local est surpris puisqu’Owo se trouve à plus de 1000 km de la zone d’activité de l’Iswap. « Nous sommes habitués à cohabiter ici, entre religions », rappelle Isaac Ogundé qui craint, comme la plupart des habitants que « cet acte ne crée une rupture de confiance » entre des communautés religieuses et ethniques. Une perspective que veut éviter à tout prix l’évêque du lieu. Depuis l’attaque, Mgr Jude Arogundade appelle « à ne pas céder aux forces du mal ». Pour le prélat, cette épreuve « doit davantage rapprocher les diverses communautés ».

Un clergé exposé

Malgré la condamnation du pape et son appel « à rester solidaires », les prêtres nigérians se sentent « exposés ». Le 25 mai, des hommes armés avaient fait irruption dans une église au nord du pays, enlevant deux prêtres. Quelques jours plus tôt, la mort du père Joseph Aketeh Bako avait été annoncée par la chancellerie du l’archidiocèse de Kaduna (nord) où il était incardiné. Ces dernières années, plusieurs dizaines de prêtres et de religieux ont été enlevés ou tués au point que la conférence épiscopale a appelé le gouvernement à renforcer la sécurité du clergé à la suite de la mort, en décembre dernier, de Luke Adeleke, curé d’une paroisse d’Ijemo Fadipe dans l’État d’Ogun.

Max-Savi Carmel

Source : Lincorrect.org

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