Entre infrastructures vieillissantes, tensions sur l’approvisionnement et ambitions d’exportation, la Libye cherche à mieux valoriser ses ressources gazières. Un défi qui met en lumière les limites de son système énergétique.
La Libye étudie l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) pour alimenter ses centrales électriques et réduire leur dépendance au diesel et au fioul. Cette option intervient alors que Tripoli ambitionne d’augmenter ses exportations de gaz vers l’Europe. Elle révèle une contrainte centrale : disposer de ressources en gaz importantes ne garantit pas leur disponibilité pour les centrales.
Créée le 29 septembre par le Premier ministre Abdulhamid Dabaiba, une commission technique examinera les conditions de réception, de regazéification et d’acheminement du GNL vers les centrales. Présidée par le sous-secrétaire à l’Industrie et aux Mines Mustafa al Samou, elle étudiera aussi les besoins des centrales, leurs raccordements et la construction éventuelle d’un gazoduc côtier. La société publique du pétrole NOC et le fournisseur public d’électricité (GECOL) participeront aux travaux sur la disponibilité du combustible et les besoins de production.
Les conclusions doivent être transmises au Premier ministre, mais aucun calendrier n’a été divulgué dans ce sens.
Un système électrique exposé aux pénuries de gaz
Le recours envisagé au GNL répond d’abord aux difficultés du réseau électrique. Le gaz naturel fournissait plus de 70% de l’électricité libyenne. Or une partie des centrales et du réseau reste affectée par leur ancienneté, une maintenance insuffisante et les dommages accumulés pendant une décennie de conflit.
La situation est devenue particulièrement visible durant l’été 2026. En juillet, de fortes températures ont provoqué de longues coupures à Tripoli et dans l’ouest du pays, jusqu’à susciter des manifestations. L’interruption temporaire du complexe de Mellitah a réduit les approvisionnements en gaz des centrales. En août, des attaques contre des infrastructures énergétiques dans la région de Zawiya ont aussi fortement perturbé le système de distribution électrique.
Lorsque le gaz devient insuffisant, les centrales se tournent davantage vers le diesel et le fioul, plus coûteux et moins efficaces. Le gouvernement cherche donc à sécuriser une alimentation gazière plus régulière.
Accroître les volumes disponibles
L’importation de GNL supposerait des infrastructures dont la Libye ne dispose pas actuellement à l’échelle commerciale pour recevoir et regazéifier ce combustible. Les autorités ont notamment examiné une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU), ainsi que la construction d’un gazoduc côtier et de ses raccordements. Aucun fournisseur, volume, coût ou calendrier d’importation n’a été annoncé.
En parallèle, la NOC et Mellitah Oil and Gas développent des projets destinés à accroître la disponibilité du gaz local. La compression de la plateforme offshore de Sabratha, entrée en service en juin, doit permettre, selon Eni, de récupérer environ 800 millions de mètres cubes de gaz supplémentaires par an du champ Bahr Essalam, pour les centrales et les exportations vers l’Italie via Greenstream.
Le Bouri Gas Utilization Project doit, quant à lui, permettre de récupérer du gaz autrement brûlé sur le champ offshore de Bouri. Il prévoit un module d’environ 5 tonnes sur la plateforme DP4 et 28 km de conduites jusqu’à Sabratha, avec une mise en service prévue en 2026. Le projet Structures A&E, qui relie deux champs offshore aux installations de Mellitah, doit démarrer sa production en 2028. Eni estime à environ 10 milliards de dollars les investissements consacrés à ces trois grands projets.
Ces projets doivent aussi soutenir l’ambition exportatrice de Tripoli. La Libye dispose de 80 tcf de réserves de gaz et vise une production proche de 1 milliard de pieds cubes par jour au début des années 2030. Pourtant, les exportations via Greenstream n’ont atteint que 105 millions de pieds cubes par jour en 2025, pour une capacité théorique d’environ 775 millions de pieds cubes par jour.
L’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage, mais de rendre les volumes récupérables et transportables vers les différents débouchés. Entre les besoins des centrales et les ambitions européennes, la Libye doit encore résoudre cette équation avant de pouvoir pleinement valoriser son potentiel gazier.
Afrika Stratégies France avec La Tribune Afrique