Afrika Strategies
Revue d'intelligence et d'Analyse

Après Montpellier, Jean-Noël Barrot à Lomé : la Charte de Montpellier et le CIDP au cœur d’un nouveau partenariat Afrique-Europe

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Alors que Jean-Noël Barrot , Ministre français de l’Europe et des Affaires Étrangères, est attendu au Togo, la signature récente de la Charte de Montpellier pour une coopération internationale plus inclusive, horizontale, impactante et durable marque un tournant dans les relations entre l’Afrique et l’Europe. De Montpellier à Lomé, en passant par Yaoundé et bientôt Nairobi, une nouvelle cartographie du dialogue euro-africain se dessine. Fruit d’une co-construction entre acteurs africains et européens, cette initiative entend poser les ba ses d’un partenariat plus équilibré, ancré dans l’action et porté par les jeunesses, les diasporas et les territoires. Frédérick TSATSU , Coordinateur Délégué du Bureau International du Conseil International de Dialogue et de Partenariat (CIDP) en décrypte les enjeux et les perspectives.

Question :

Pouvez-vous revenir sur l’origine de la Charte de Montpellier pour une coopération internationale plus inclusive, horizontale, impactante et durable?

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Réponse :

La Charte de Montpellier s’inscrit dans un processus de maturation politique engagé lors de la 2ème Biennale Euro-Africa organisée à Montpellier en octobre 2025. Cette rencontre a constitué un moment fondateur, en ce qu’elle a permis de réunir, dans un même espace de dialogue, des jeunes leaders africains, des membres des diasporas, des représentants institutionnels et des acteurs territoriaux, autour d’une interrogation centrale : comment refonder les relations euro-africaines dans un monde en recomposition. Ce travail collectif, nourri par des échanges approfondis et une volonté affirmée de co-construction, a progressivement donné naissance à un cadre de référence structuré. La signature officielle intervenue le 17 avril dernier vient ainsi consacrer l’aboutissement de cette dynamique, en transformant une réflexion partagée en un instrument politique et opérationnel.

Question :

Pourquoi Montpellier joue-t-elle un rôle aussi central dans cette dynamique ?

Réponse :

Montpellier s’est progressivement imposée comme un espace d’expérimentation d’une diplomatie renouvelée entre l’Afrique et l’Europe. Depuis le Nouveau Sommet Afrique-France de 2021, la ville incarne une approche décloisonnée des relations internationales, fondée non plus exclusivement sur les États, mais sur l’intégration active des sociétésciviles, des diasporas et des collectivités territoriales. Ce positionnement en fait un véritable laboratoire d’innovation diplomatique, où se construisent de nouvelles pratiques de coopération, plus horizontales, plus inclusives et davantage ancrées dans les réalités sociales et territoriales.

Question :

Comment reliez-vous cette dynamique à l’héritage du Nouveau Sommet Afrique-France ?

Réponse :

Le Sommet Afrique-France de 2021, tenu à Montpellier sous l’impulsion du Président Emmanuel Macron, a introduit une rupture conceptuelle majeure en plaçant les sociétés civiles au cœur du dialogue. Dans son prolongement, des mécanismes de suivi ont été mis en place. Toutefois, la portée des enjeux abordés a rapidement dépassé le cadre bilatéral, rendant nécessaire une évolution structurelle. C’est dans cette logique qu’est né le Conseil International de Dialogue et de Partenariat, conçu comme une plateforme multilatérale capable d’accompagner la transformation des relations Afrique-Europe. Cette évolution traduit une volonté d’inscrire le dialogue dans la durée, d’en élargir l’échelle et d’en renforcer l’impact.

Question :

Quelle est la portée de la signature de cette Charte ?

Réponse :

La signature de la Charte de Montpellier par le Ministre Jean-Noël Barrot, le Maire et Président de Montpellier Méditerranée Métropole, Michaël DELAFOSSE et par notre collègue du CIDP, Zita Lawson-Messan, en Charge des Relations avec les Diasporas et les Sociétés Civiles Françaises, revêt une dimension hautement symbolique. Elle illustre d’abord la reconnaissance croissante du rôle des acteurs africains et des diasporas dans la définition des cadres de coopération internationale. Elle traduit également l’émergence d’un leadership africain affirmé, y compris féminin, dans les espaces de décision. Au-delà du symbole, elle consacre un changement de paradigme : l’Afrique n’est plus simplement un partenaire d’exécution, mais un co-architecte des politiques de coopération.

Question :

En quoi cette Charte constitue-t-elle une avancée concrète ?

Réponse :

La Charte de Montpellier se distingue par son caractère à la fois politique et opérationnel. Elle dépasse le registre des déclarations d’intention pour proposer un cadre structuré reposant sur la gouvernance partagée, la co-construction des projets et l’ancrage territorial des initiatives. Elle introduit des mécanismes concrets permettant de traduire les engagements en actions mesurables, en mobilisant une diversité d’acteurs. En cela, elle constitue une réponse pragmatique aux limites observées dans les approches antérieures, en plaçant l’impact et la redevabilité au cœur de la coopération.

Question :

Comment cette initiative s’inscrit-elle dans le contexte ouest-africain actuel ?

Réponse :

Dans un contexte marqué par des recompositions profondes, notamment entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Alliance des États du Sahel, la Charte de Montpellier apparaît comme un outil de stabilisation et de dialogue. Le Togo, pour sa part, adopte une posture d’équilibre stratégique, en maintenant des canaux de communication ouverts et en privilégiant les logiques de médiation. Dans ce cadre, des initiatives comme le CIDP contribuent à recréer du lien, en s’appuyant sur les sociétés civiles et les dynamiques territoriales pour compléter les cadres institutionnels parfois fragilisés.

Question :

Quel rôle joue le prochain Dialogue Africain Permanent organisé par le CIDP à Yaoundé ?

Réponse :

Le Dialogue Africain Permanent, qui se tiendra le 28 avril prochain à Yaoundé, constitue une étape déterminante dans la mise en œuvre de cette dynamique. Il marque le passage d’une phase de conceptualisation à une phase d’appropriation africaine. En réunissant un large éventail d’acteurs autour de thématiques structurantes telles que la jeunesse, les migrations et le financement du développement, il vise à produire desorientations concrètes issues du terrain. Plus encore, il ambitionne d’instaurer un cadre pérenne de dialogue africain, capable d’influencer les agendas internationaux.

Question :

Comment cette dynamique se prolonge-t-elle vers le prochain Sommet de Nairobi ?

Réponse :

La séquence actuelle s’articule autour de trois temps complémentaires : Montpellier pour la vision, Yaoundé pour la consolidation africaine, et Nairobi pour la structuration des partenariats internationaux. Le sommet Africa Forward à Nairobi devra ainsi traduire les réflexions et recommandations en engagements concrets, notamment en matière de financement, d’accompagnement des projets et d’institutionnalisation des mécanismes de coopération. Il s’agira d’un moment clé pour passer d’une diplomatie d’intention à une diplomatie d’impact.

Question :

Quel bilan tirez-vous depuis 2021 ?

Réponse :

Le bilan de l’agenda transformationnel engagé depuis le Sommet de Montpellier est à la fois encourageant et exigeant. Des avancées notables ont été réalisées, notamment en matière de reconnaissance des sociétés civiles et d’émergence de nouveaux outils comme le CIDP. Toutefois, des défis subsistent, en particulier en ce qui concerne la mise à l’échelle des initiatives, leur financement et l’évolution des pratiques institutionnelles. Le prochain sommet devra, nous l’espérons, permettre de consolider ces acquis tout en accélérant leur traduction opérationnelle.

Question :

Comment interprétez-vous la visite officielle du Ministre BARROT au Togo ?

Réponse :

La visite de Jean-Noël Barrot au Togo s’inscrit dans une dynamique de réengagement stratégique de la France en Afrique. Elle traduit une volonté de renforcer un partenariat renouvelé, fondé sur l’écoute, la confiance et la co-construction. Elle constitue également une opportunité de consolider les initiatives en cours et d’inscrire cette relation dans une perspective durable et mutuellement bénéfique.

Question :

Quel message souhaitez-vous adresser aux partenaires africains et européens ?

Réponse :

Nous sommes à un moment charnière où les relations Afrique-Europe doivent se réinventer en profondeur. Cette transformation ne pourra se faire qu’à travers un engagement sincère en faveur de la coresponsabilité, de l’équité et de l’impact. La Charte de Montpellier offre un cadre pertinent pour accompagner cette évolution, mais sa réussite dépendra de notre capacité collective à en faire un outil vivant, porté par les acteurs et ancré dans les réalités. Il nous appartient désormais de transformer cette ambition en résultats concrets, au service d’un avenir partagé.

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