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L’ONU va lancer une enquête internationale sur les exactions en Ethiopie

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Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a décidé, vendredi 17 décembre, lors d’une session spéciale, de créer une commission internationale d’experts chargés d’enquêter et de réunir des preuves sur les exactions commises dans le cadre du conflit en Ethiopie.

Une résolution en ce sens, proposée par l’Union européenne, a été adoptée par 21 voix sur les 47 Etats siégeant actuellement au Conseil – 15 ont voté non, dont la Chine et de nombreux pays africains, et 11 se sont abstenus.

Pour l’ambassadeur éthiopien Zenebe Kebede auprès de l’ONU à Genève, le multilatéralisme a « une fois de plus été pris en otage par une mentalité néocolonialiste »« Les accusations portées contre mon pays ne sont pas fondées », a-t-il affirmé, en assurant que la décision prise allait « exacerber la situation sur le terrain »« L’Ethiopie est prise pour cible et montrée du doigt au Conseil des droits de l’homme pour avoir défendu un gouvernement démocratiquement élu, la paix et l’avenir de son peuple », a-t-il ajouté.

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Les pays africains, par la voix du représentant du Cameroun, l’ambassadeur Salomon Eheth, avaient apporté leur soutien à l’Ethiopie, en expliquant qu’un tel mécanisme d’enquête « est contreproductif et susceptible d’exacerber les tensions ».

« Menace pour la région »

La résolution demande la création d’une « commission internationale d’experts en droits de l’homme ». Trois experts seront prochainement nommés et auront ensuite la lourde tâche d’enquêter et de réunir des preuves sur les violations des droits humains dans le pays en guerre, avec pour objectif d’identifier, dans la mesure du possible, les responsables.

Dans une enquête conjointe avec la Commission éthiopienne des droits de l’homme, créée par le gouvernement éthiopien, l’ONU a conclu, au début de novembre, à de possibles crimes contre l’humanité commis par tous les acteurs.

Selon la haute-commissaire adjointe aux droits de l’homme, Nada Al-Nashif, l’ONU continue « de recevoir des rapports crédibles de violations graves et atteintes aux droits humains commises par toutes les parties »« Le danger d’une montée en puissance de la haine, des violences et des discriminations est très élevé, et pourrait dégénérer en violence généralisée. Cela pourrait avoir des conséquences majeures, non seulement pour des millions de personnes en Ethiopie, mais aussi dans toute la région », a-t-elle ajouté.

« Il est primordial que les responsables répondent de leurs actes de manière indépendante, transparente et impartiale », a affirmé pour sa part l’ambassadrice de l’Union européenne Lotte Knudsen, à l’issue du vote.

De son côté, l’ambassadeur français Jérôme Bonnafont a estimé que, « plus d’un an après le début du conflit au Tigré, la dégradation continue des situations sécuritaire et humanitaire, qui affecte désormais l’ensemble des régions du nord de l’Ethiopie, constitue une menace pour la stabilité du pays et pour la région ».

Plus de deux millions de déplacés

La guerre a éclaté en novembre 2020 après que le premier ministre, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée au Tigré afin d’en destituer les autorités locales, issues du Front populaire de libération du Tigré (FPLT), qui défiaient son autorité et qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires.

Abiy Ahmed avait proclamé la victoire trois semaines plus tard, après la prise de la capitale régionale, Mekélé. Mais, en juin, le FPLT a repris l’essentiel du Tigré et poursuivi son offensive dans les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar. Après avoir gouverné de fait l’Ethiopie durant près de trente ans, le FPLT a été progressivement écarté du pouvoir lorsque Abiy Ahmed est devenu premier ministre, en 2018.

Le conflit en Ethiopie a fait plusieurs milliers de morts, plus de deux millions de déplacés et plongé des centaines de milliers d’Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon l’ONU.

Les Nations unies déplorent également que des milliers de personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’état d’urgence, décrété le 2 novembre par le gouvernement, et demandent que des observateurs indépendants soient autorisés à accéder à tous les lieux de détention. Selon Mme Al-Nashif, entre 5 000 et 7 000 personnes sont actuellement détenues – la majorité d’ethnie tigréenne, dont 9 membres du personnel de l’ONU.

Afrika Stratégies France avec Le Monde Afrique

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