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TOGO: Enfin Faure Gnassingbé pour un vrai remaniement, pourquoi pas?

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Le dernier remaniement, plutôt sobre, après un long et fastidieux règne de Komi Klassou à la tête de l’exécutif, remonte à septembre 2020. Et dans l’actuelle équipe, une demie dizaine de ministres cumulent une décennie au gouvernement alors que beaucoup sont si décriés dans l’opinion. Une situation qui pousse vite au pire à l’usure ou à la platitude, au mieux, à l’illusion de l’invulnérabilité qui cancérise toute innovation. Et alors que Faure Gnassingbé s’impose comme « le jeune doyen » vite devenu incontournable dans la nouvelle géopolitique africaine, un remaniement ne peut que ragaillardir cette image. Décryptage.

Gilbert Bawara. A 52 ans, il est ministre sans discontinuité depuis juin 2005 et s’il a quitté l’exécutif pendant deux années, il n’était pas moins conseiller spécial avec rang de ministre. Il n’y a pas de doute que dans une telle posture, on se croit invulnérable et presqu’irremplaçable, ce qui justifie, sans doute en partie, les dérives qu’il enchaîne dans la gestion des corps de la fonction publique notamment les enseignants. Et comme ce diplômé de l’université de Genève, ils sont bien nombreux à sombrer dans l’excès de confiance en soi et dans la platitude, à force de s’éterniser dans l’exécutif et pour certains, de faire des jeux de chaises musicales qui leur donnent, à raison, l’impression « d’incontournabilité ». Pendant que la gouvernance se modernise et que le pouvoir se digitalise en Afrique, un coup de balai ne peut que davantage dépoussiérer une galaxie où, au fil du temps, les habitudes sont devenues des tares. Les décadiers qui sautillent sur leurs dix ans, les caméléons qui s’adaptent à vive allure, les pépites souvent quarantenaires dont certains sont trahis par leur jeune âge et la nécessité pour le président de faire le vide dans un entourage trop encombré.

Ces éternels « décadiers »… qui s’avachissent

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Ils sont quelques-uns à boucler une décennie au gouvernement. Certains essaient tout de même de tenir la pente, comme Robert Dussey. Malgré les incidents de togolais refoulés à Casablanca provoqués par son annonce précipitée d’annulation de visas entre le Maroc et le Togo et ses énigmatiques exploits dont un prix de droits de l’homme au… Pakistan, il est sans doute le ministre le plus actif même si parfois, perçu à l’autre bout du monde, on se demande ce qu’il y fait. La diplomatie togolaise, au Mali, au Tchad, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire, en porte fièrement les hibiscus. Le maintenir en poste permet de garder l’élan, en faire un conseiller spécial un de ces jours occasionne le dépoussièrement de l’armoire. Devant lui, Gilbert Bawara fait office du plus ancien. 17 ans comme ministre et à petit feu, de la brillance arrogante, il est passé par l’assurance méprisante avant de s’attabler au sanctuaire des gaffes. Sorties impromptues, décisions je-m’en-foutistes, il s’est cru, à force d’illusion, invulnérable au point de faire de l’ivresse de la puissance un lit de confort qui finira par le perdre. Son ami et complice des quatre cent coups, Kokoroko s’est laissé aller avant de se rétracter, épargné par ses quelques répits de lucidités. Normal pour l’universitaire qui, à distance, a su distinguer, fort heureusement pour lui, « le haricot noir des excréments de cabris ». Après une privatisation chaotique de Togotelecom, principale et société publique la plus rentable, Cina Lawson qui a bouclé sa décennie au gouvernement n’a plus peur de rien. kayièphobe (haine de l’ethnie Kabyè du nord du pays) de première heure, ses excès d’égo rivalisent avec son insolent charme. Elle porte ses complexes de supériorité chevillés au corps, telle une sangsue du malheur. Accès aléatoire à l’internet, communications téléphoniques sans cesse éreintées par une technologie bas de gamme, elle n’a qu’une seule obsession, faire le plein de sa trousse de billets. Héritage génétique têtu qu’elle tient sans doute de sa mère, une Aquéréburu bien « mercantile », en bon anago, ethnie des côtes nigériano-bénino-togolaise réputée pour son esprit malicieux et trop commercial.

Ces caméléons qui s’adaptent

Victoire Dogbé. A 62 ans, elle aura gouverné pendant plus de 10 ans le juteux ministère du développement à la base. Depuis, l’âge aidant sans doute, cette technocrate hors pairs s’est mutée en un Premier ministre plutôt habile et efficace. Elle existe sans faire ombre à son maître et pourrait maintenir encore quelques années son contrat de bail à la primature. Atcha Dédji a su mieux que quiconque revêtir ses ornements de ministre des transports après avoir été brillant patron de Togocom. Alors que ce musulman aux réflexes d’aumônes distribue ses généreux billets de banque à tout vent (leaders d’opinion, opposants, acteurs de sociétés civile, journalistes, activistes…), la société qu’il a rendue florissante en une décennie a été sauvagement privatisée et il s’est rangé sans crier gare. Sa loyauté et son introversion lui ont permis d’échapper à toutes les peaux de bananes au point où, avec la décrépitude que vit Togocom, même ses détracteurs évoquent son retour aux commandes. Ministre de la sécurité, Yark Damehane a une particularité subtile. S’ils sont peu à l’applaudir, personne ne critique cet officier rigoureux et loyal. Laconique et intransigeant, il exécute les ordres avant de les avoir reçus et sa plus grande ambition est « de rester là où on l’a mis » comme en rigolent certains de ses collègues. Son alter égo de l’administration territoriale est ce que Ponce Pilate fut pour l’empire romain, un zélé. Il fonce dans le mur oubliant parfois que son crâne n’est pas en plomb, une prédisposition quasi congénitale que tout maître adore chez son serviteur. Il a fait du covid-19 son argument à tout refus. Manifestations publiques, protestations, mobilisations de foule, cultes dominicaux, il dit « non » avant même de savoir ce dont il est question. Il a de l’avenir dans un gouvernement dont il a déjà gouté les délices il y a une petite décennie avant de faire son come-back.

Les pépites quarantenaires qui sauvent la mise

Faure Gnassingbé a sans doute raison de faire confiance à la jeunesse. Ses quarantenaires, entre compétences et esprit de défis sauvent la mise. Généralement formés en occident, ils sont des technocrates qui peuvent manquer d’expérience politique mais sont aguerris à la tâche. Sandra Johnson en est sans doute la tête de peloton. Son parcours l’y a préparé, notamment au sein des instituts de formation de la banque mondiale en a fait une dure-à-cuir. C’est la « directrice exécutive » dont a manqué longtemps la présidence. Sa culture de la discrétion et sa propension à mettre en exergue son maître resteront des atouts. Secrétaire général du gouvernement, Malick Natchaba est le « père en mieux ». L’efficacité incontestable de son feu père, Fambaré, longtemps baron du régime, il a la ruse et le génie des coups bas en moins. Tout comme lui, Assih Mazamesso incarne à merveille cette vague montante de jeunesse argile et compétente à laquelle il faut ajouter Pierre Lamandokou et Akodah Ayéwadan. Le premier a été vite contaminé par deux virus, l’insolence des arrivistes et la cupidité des voyeurs. Revanchard et aux aguets, il se borne trop aux coups-bas, créant par exemple dans son cabinet une section d’espionnage entre collègues, accumulant des audios d’échanges de collaborateurs qui n’ont rien à voir avec le ministère. En brisant, par sa source oreille caractérielle quelques vieilles carrières de la maison, il déstabilise la politique touristique du gouvernement. Les attributions fallacieuses et sulfureuses de marchés et la restauration truquée  des hauts fourneaux de Nangbani où, au lieu de terre cuite, un recourt à l’ocre a permis de minimiser les dépenses peuvent décourager les bailleurs, la France et l’Union européenne y ayant mis de leurs contributions. Avec de multiples dérives et accusations (harcèlements sexuels, affectations punitives, travaux aux prix mirobolants notamment dans les hôtels de Kpalimé et de Dapong) au point où ses habilles magouilles dont il est devenu incorrigible maître ont alimenté récemment la presse locale d’autant qu’il a été épinglé par le contrôleur des marchés publics. Quant au second, brillant et intelligent, il a tout intérêt à rétrécir son gynécée. Un adage ifè (ethnie du haut méridional togolais) dit que « la mort peut se déguiser sous des jupons ». Attention aux coureurs ! Il doit être moins Don Juan et plus porte-parole. Mieux vaut tard que jamais, s’il veut continuer à rester une pièce maitresse du Togo de demain. Après des sorties intempestives à balancer des assertions souvent démenties, son acolyte Christian Trimua s’est un peu calmé mais alors que des échéances électorales s’annoncent, ce tribun effervescent reprendra vite service. L’exécutif peut s’en passer sans que l’action du gouvernement ne soit moins audible. Car à force de trop crier, il donne l’impression que le tam-tam est près de s’exploser. Comment évoquer les jeunes sans faire mention de la benjamine du gouvernement ? Arrivée au détour d’un hasard, Mila Aziablé a vite pris goût aux habitudes des vieux, fouinant sur fond de favoritisme les contrats miniers et se laissant aller aux tentants excès de luxe que risque tout arriviste, dans le monde du pouvoir.Belle, si elle épargne à nos yeux ses trop logues robes, ses apparitions seront davantage portées par un coup de coquetterie.

Conforter la posture par l’assainissement

Quoiqu’on dise, Faure Gnassingbé est aujourd’hui l’un des chefs d’état les plus incontournables du continent. En occupant des terrains sensibles qu’évitent ses pairs, cet inflexible quinquagénaire dont l’élégance fait du buzz sur les réseaux sociaux fait un vieux contenu dans un jeune contenant. Et cette posture séduit d’autant qu’en faisant de lui un incorrigible muet, son impénétrable silence est devenu une marque de fabrique. Il tire dans l’ombre toutes les ficelles du pouvoir, sans paraître nulle part et son apparente innocence avec laquelle il joue habilement fait parfois oublier les conditions « épouvantables » dans lesquelles il a accédé au pouvoir en 2005. Sa gestion efficiente du terrorisme, sa stratégie pragmatique par laquelle il snobe l’occident au profit des nouveaux « géants », la Turquie, la Russie, l’Arabie Saoudite et les pays du golfe marche à merveille. Médiateur au Burkina Faso et au Mali, très écouté par son homologue tchadien, il est devenu la porte d’entrée dans la sphère de la zone périlleuse d’Afrique, rendue inaccessible à la majorité des puissances. Le président, plus qu’omniprésent sur la scène internationale dominée par une forme de panafricanisme auquel il s‘est vite accommodé a tout intérêt à mettre sous éteignoir certaines brebis galeuses de son gouvernement. Car, dit-on, la gale est contagieuse et dans la mythologie grecque, elle fut doublement mortelle. Voilà pourquoi il a intérêt à tout remaniement alors que les trois prochaines années sont toutes électorales. Sénatoriales et régionales en 2023, municipales dans la foulée, législatives ensuite et en 2025, la présidentielle de tous les défis.

MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France

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