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En Afrique, la tournée de Macron à Yaoundé et à Cotonou requinque le sentiment antifrançais

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Emmanuel Macron a entamé lundi une tournée africaine qui le conduit au Cameroun et au Bénin, avec une courte escale en Guinée-Bissau, un voyage qui alimente la polémique sur son « manque d’égard pour la démocratie ». Si la Guinée sort d’une série de crises et que son président a été bien élu, Paul Biya, le président camerounais, a passé, lui, quatre décennies au pouvoir alors que Patrice Talon a réussi à briser un modèle démocratique béninois longtemps envié.

Emmanuel Macron passera quatre jours sur le continent africain. Entre son premier discours à Ouagadougou en 2017 et le « sommet citoyen Afrique-France » de Montpellier l’an dernier, le président français a enchaîné des discours séduisants. Mais il est évident que ses actes ne suivent point sa parole. Et son choix du Cameroun et du Bénin a remis de l’eau au moulin de la presse locale et des sociétés civiles : « Ce voyage est inadmissible », s’emporte Joël H. Le jeune chercheur de l’université de Calavi, principal lieu de formation de l’élite béninoise n’en revient pas et interprète le voyage de M. Macron comme « une provocation » compte tenu de « la situation délétère de l’État de droit ».

Pendant longtemps, le Bénin a été un pays d’immigration rare et de qualité en France, au point que Nicolas Sarkozy s’était agacé de ce qu’il y ait « plus de médecins béninois en France qu’au Bénin ». Aujourd’hui, une vague de demandeurs d’asiles béninois déferlent dans la capitale française, à commencer par les principaux leaders de l’opposition.

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La colère de la diaspora béninoise

Au Bénin, un groupe de la diaspora a décrié dans une lettre ouverte ce dimanche « une caution morale et politique » d’un président « qui a réduit au silence son opposition » et en a exilé, vers Paris, les leaders. Arrivé en troisième position avec presqu’autant de voix que Patrice Talon lors du premier tour de la présidentielle de mars 2016, Sébastien Ajavon vit depuis en France où il est officiellement réfugié. Idem pour Léhady Soglo, longtemps influent maire de Cotonou qui a dû « trouver refuge en France » ainsi que pour plusieurs centaines d’hommes politiques et de personnalités publiques du Bénin.

En supprimant en septembre 2020 le Bénin de la liste des pays sûrs en matière de demande d’asile, le Conseil d’administration de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a ouvert la vanne. Depuis, selon le journaliste Léonce Houngbadji, lui-même en exil en France, « plusieurs dizaines de milliers de Béninois ont dû quitter leur pays ». Les chiffres officiels n’existant pas, il est difficile de procéder à une juste estimation. Car, à peine élu, Talon a procédé méthodiquement à la liquidation des institutions, plaçant à la tête de la Cour constitutionnelle son ancien avocat Joseph Djogbénou. Il empêchera l’opposition de participer aux élections intermédiaires (législatives et municipales), offrant ainsi à deux partis de la majorité présidentielle l’intégralité des 91 députés béninois ainsi que la totalité de maires pour les 70 communes que compte le pays.

Les sept restants sont issus d’un parti allié. Lors de la présidentielle de l’an dernier, il jettera en prison Reckya Madougou, candidate de la plus grande formation de l’opposition ainsi que son colistier, Joël Aïvo. Les médias en sont réduits à relayer la propagande d’état et Yayi Boni, prédécesseur de Talon, a subi deux mois de résidence surveillée pour s’être rallié à l’opposition. Pourtant, pendant trois décennies, ce petit pays de l’ouest africain de 12 millions d’âmes avait été le plus stable en matière de démocratie dans la sous-
région.

L’incompréhension des opposants camerounais

Le Cameroun est la première étape du périple africain de Macron. Le président français y a passé la nuit de lundi au mardi après un pompeux accueil du Premier ministre. Dans sa délégation, on trouve Achille Mbembé : l’intellectuel controversé d’origine camerounaise fut la tête pensante du sommet citoyen Afrique- France de Montpellier avec l’idée de « privilégier la société civile ». Pourtant, au pouvoir depuis 1982, Paul Biya a bâti un système de grande corruption dénoncé sans cesse par les médias locaux.

Selon l’indice de perception de la corruption publié en 2021 par Transparency International, le pays de Paul Biya est 144e sur 180, devant la Somalie et le Soudan. Après la présidentielle de 2019, Maurice Kamto, principal opposant, fera neuf mois de prison pour avoir dénoncé « les fraudes massives » et les votes pléthoriques constatés dans tout le pays.

Aujourd’hui, une centaine de ses partisans croupissent encore dans les prisons du pays. Alors que la presse accuse le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti au pouvoir, « de préparer une succession dynastique à travers le fils Franck Biya », l’arrivée du président français sonne comme une onction. Sans oublier qu’entre rumeurs souvent infondées et complotisme, le Cameroun concentre un fort sentiment anti-français. Le journal en ligne Afrique 21 dénonce par ailleurs le silence de Paris qui, malgré les 6000 morts du conflit qui fait rage en zone anglophone, « ménage Paul Biya ». Calixte Beyala fustige « un mépris » : dans une tribune, l’écrivaine franco-camerounaise s’en prend à Achille Mbembe et désigne « une méthode de corruption de l’intelligentsia ».

Du pain bénit pour les anti-français

Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, deux leaders anti-français, vivant pour le premier en France, la seconde en Suisse, déplorent un soutien constant de la France aux dictatures. Ils multiplient d’ailleurs tous deux ces derniers jours les tweets de soutien à Bamako contre Paris. Les principaux membres de la junte militaire malienne, y compris Assimi Goïta, ont reçu Franklin Nyamsi qui, depuis le Mali où il est de passage, condamne « l’incohérence de la politique africaine de l’Élysée ». La visite de Macron à deux régimes autoritaires conforte ces courants anti-français sur le continent d’autant qu’il avait promis, lors de sa première visite en Afrique subsaharienne au Burkina Faso en 2017, « d’aider l’Afrique à renforcer l’État de droit » et les libertés publiques. En se rendant chez Paul Biya et Patrice Talon, deux dictateurs de l’Afrique francophone, M. Macron adresse un mauvais message aux opinions africaines. Malheureusement, à Bissau où se reconstruit lentement l’État de droit après de longues années d’insécurité imposée par les cartels de drogues, il ne passera que quelques heures. Pathétique contre-exemple !

Max-Savi Carmel, Source: Lincorrect.org

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