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Des pirates face à la justice, une première au Togo

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Le procès de neuf présumés pirates, qui s’est ouvert ce lundi au S, est le premier du genre. Les accusés risquent jusqu’à 20 ans de prison.

Ils sont neuf, assis sur trois rangés face aux juges de la cour d’assises de la cour d’appel de Lomé, où leur procès a démarré ce lundi. Le visage à moitié caché par les masques de rigueur en cette période de pandémie, les prévenus, sept Nigérians et deux Togolais, comparaissent pour « piraterie », « violences volontaires » et « association de malfaiteurs ». Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison. La tête baissée, ils se sont tus pendant la plus grande partie de l’audience, échangeant parfois quelques mots chuchotés.

Les neufs hommes présents – ainsi qu’un Ghanéen, à l’encontre duquel un mandat d’arrêt international a été émis, et qui sera jugé par contumace – sont accusés d’avoir participé à la tentative de détournement du tanker G-Dona 1, un navire appartenant à un armateur béninois, dans la nuit du 11 au 19 mai 2019. Le bateau se trouvait dans la zone de mouillage togolaise lorsque l’assaut a été lancé. Une fois parvenus à bord, les assaillants ont menacé l’équipage – cinq Ghanéens, un Béninois et un Nigérian – pour tenter de détourner le bateau.

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Tirs de sommation

Alerté par ses mouvements inhabituels, le Centre des opérations de la Marine nationale togolaise a tenté d’entrer en contact avec le G-Dona. Lors de l’audience de ce lundi, consacrée à la présentation des charges qui pèsent à l’encontre des prévenus, le procureur Garba Gnambi Kodjo a affirmé qu’il détenait des enregistrement audio de la conversation entre les agents de la Marine nationale et l’un des membres de l’équipage. Selon l’accusation, ce dernier aurait assuré, sous la menace, que les mouvements suspects étaient dus à des travaux d’entretien. Mais l’explication n’aurait pas convaincu les autorités togolaises, qui ont immédiatement lancé une opération militaire.

LE GANG N’AURAIT PAS HÉSITÉ À BRAQUER DES ARMES SUR L’ÉQUIPAGE ET LE CAPITAINE

Une vedette rapide et deux patrouilleurs transportant des commandos de la Marine nationale ont été lancés à la poursuite du tanker. « Nous avons procédé à plusieurs tirs de sommation en direction du navire, avant que les pirates ne décident d’obtempérer », a rapporté un officier venu témoigner à la barre. Selon lui, les pirates se sont ensuite « cachés dans un compartiment du navire » avant de « se rendre ». Pour appuyer ses dires, le procureur a en outre diffusé des images satellites montrant les mouvements inhabituels du navire ainsi que des images de l’assaut mené par les commandos de marine.

Le « cerveau » nie

Sur le banc des accusés, face au juge Dindangue Kominte qui les pressait de questions, seul un Togolais a plaidé coupable. Les autres, après avoir reconnu les faits pendant l’instruction, ont tous nié à la barre avoir participé cette nuit-là à un acte de piraterie. À en croire Peter Paul, un Nigérian présenté par l’accusation comme le « cerveau » de l’opération, lui et ses acolytes étaient bel et bien à bord du navire, mais dans le cadre d’un achat de carburant, pour lequel ils avaient spécialement loué une pirogue à une compagnie togolaise.

Les mouvements inhabituels du G-Dona 1 n’auraient été provoqués que par les opérations destinées à transvaser le carburant depuis le tanker jusque dans les bidons amenés à bord de la pirogue… Sauf que les enquêteurs affirment n‘avoir trouvé aucun bidon dans le bateau des prévenus.

Surtout, la version de Peter Paul contraste singulièrement avec celle donnée par les membres de l’équipage au cours de l’instruction. Selon eux, le gang a pris possession de la passerelle et n’a pas hésité à braquer des armes sur l’équipage et le capitaine, le forçant notamment à changer de cap.

Confronté à la recrudescence de la piraterie dans le Golfe de Guinée, devenu ces dernières années la zone maritime la plus dangereuse du monde, les autorités togolaises ont largement renforcé leur arsenal pénal. Mais jusqu’à présent, aucun pirate n’avait été poursuivi au Togo. Les neuf prévenus dont le procès a démarré ce lundi risquent vingt ans de prison ferme, une peine qui peut être portée à 30 ans de réclusion criminelle en cas de prise d’otage assortie d’une rançon.

Afrika Stratégies France avec Jeune Afrique

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