Selon ses comptes publiés le 16 septembre, le producteur d’or coté à Londres et à Johannesburg a effacé sa dette nette en douze mois et annonce jusqu’à 125 millions d’euros de dividendes et de rachats d’actions. Son premier exercice sans couverture de prix y contribue. Ses coûts, eux, augmentent.
Pan African Resources consacrera jusqu’à 125 millions d’euros (144 millions de dollars, au taux du 15 septembre) à ses actionnaires au titre de l’exercice clos fin juin. Le producteur d’or l’a annoncé le 16 septembre avec la publication de ses comptes annuels audités. La distribution se partage entre un dividende, dont le solde final reste soumis au vote de l’assemblée générale, et un programme de rachat d’actions plafonné à 500 millions de rands, soit environ 26 millions d’euros, qui doit démarrer en octobre.
Le groupe sort de douze mois qui ont retourné son bilan. Il affichait une dette nette de 130 millions d’euros fin juin 2025 ; il détient aujourd’hui une trésorerie nette de 161 millions. Entre les deux, les opérations ont généré 483 millions d’euros de liquidités, contre 134 millions un an plus tôt. Le reste de la dette, une ligne de billets à moyen terme émise en Afrique du Sud, n’a pas disparu pour autant : c’est la position nette, pas l’endettement brut, qui est revenue en territoire positif.
Ce que montrent les comptes
Deux mouvements se superposent dans cette performance. D’une part, la production a atteint 272 310 onces, en hausse de 39%, portée par la montée en régime de l’usine de retraitement de Mogale et par l’intégration des actifs australiens de Tennant Creek, acquis fin 2024. D’autre part, le prix moyen obtenu par once a progressé de près de 55 % sur l’exercice, bien au-delà de la seule variation du cours de l’or sur la période.
Cet écart s’explique en grande partie par une décision prise avant la hausse. Pan African a soldé son livre de couvertures et 2026 a été son premier exercice complet sans vente à terme. L’exercice précédent, ces couvertures lui avaient coûté 31,8 millions de dollars, dont 26,2 millions de manque à gagner sur des onces vendues sous le prix du marché. Le groupe compare donc une année pleinement exposée au marché à une année qui ne l’était pas. La progression affichée mesure la fin d’un handicap autant que la vigueur de l’or.
Le résultat se lit dans l’écart entre ce que rapporte une once et ce qu’elle coûte. Selon les calculs de la rédaction établis à partir des données publiées, cet écart est passé d’environ 984 à 2 050 euros l’once en un an, soit un peu plus du double. Ce différentiel n’est pas une marge comptable car il ignore les frais financiers, les impôts et les investissements de croissance, mais il donne la mesure de ce que chaque once supplémentaire ramène désormais dans la trésorerie du groupe.
Une rente sud-africaine branchée sur l’épargne indicielle
La redistribution ne reste pas à Johannesburg. Pan African est une société de droit anglais, cotée sur l’AIM de Londres depuis 2007, et elle a franchi une étape supplémentaire en octobre 2025 en transférant sa cotation vers le marché principal de la Bourse de Londres. Ce transfert lui a ouvert l’entrée au FTSE 250, l’indice des valeurs britanniques de taille intermédiaire, et avec lui les portefeuilles qui répliquent mécaniquement cet indice.
C’est ce mouvement récent, et non une longue présence londonienne, qui explique la composition actuelle de son tour de table. L’analyse de l’actionnariat publiée par la société au 30 juin le confirme. BlackRock détenait 5,14% du capital et Vanguard 4,41%, aux côtés des institutionnels sud-africains historiques — Public Investment Corporation, premier actionnaire externe avec 11%, Allan Gray et Coronation, chacun autour de 5%.
Appliquée au dividende annoncé, la participation de BlackRock correspond à environ 5 millions d’euros, selon les calculs de la rédaction. Cette somme ne revient pas au gestionnaire lui-même, qui détient les titres pour ses fonds et leurs porteurs, mais elle donne une idée de la part de la distribution qui quitte le continent.
Un point mérite d’être relevé, que le récit sud-africain tend à masquer. Les mines australiennes de Tennant Creek ont produit un peu plus de 32 000 onces sur l’exercice, environ 12 % du total, et c’est de là que viendra l’essentiel de la hausse attendue l’an prochain. Le groupe reste un producteur sud-africain à près de neuf dixièmes, mais sa croissance marginale, elle, est désormais australienne.
Les coûts rattrapent
La séquence s’annonce moins confortable en 2027. Pan African anticipe un coût complet en hausse de près de 15 %, sous l’effet de l’électricité, des salaires et des consommables de traitement. Dans le même temps, la production doit progresser vers 280 000 à 302 000 onces. Et le groupe prévoit d’investir 286 millions d’euros sur l’exercice, soit plus du double de ce qu’il rend à ses actionnaires : extension de Royal Sheba à Barberton, développement de White Devil en Australie, sans compter une décision d’investissement encore en attente sur le projet Mintails.
Autrement dit, les 125 millions d’euros annoncés ne sont pas le reliquat d’un groupe qui ne saurait plus quoi faire de sa trésorerie. Ils représentent une part de ce que la hausse de l’or a libéré, pendant que le programme d’investissement se poursuit. Tant que le prix de l’once restera suffisamment au-dessus du coût de production, cet arbitrage tiendra. Si l’écart se resserre, l’ordre des priorités entre investissements et distributions redeviendra une question ouverte.
Afrika Stratégies France avec La Tribune Afrique