En Afrique de l’Est, les projets pétroliers redessinent les corridors d’exportation et les pôles de raffinage. Kenya, Tanzanie et Ouganda cherchent à capter davantage de valeur autour de leurs ressources et à ainsi sécuriser leurs approvisionnements.
Dangote Group apporte au Kenya la perspective d’un nouveau pôle de raffinage sur sa côte et Nairobi veut maintenant y connecter son pétrole du Turkana. En effet, le gouvernement kényan négocie avec le groupe nigérian la construction d’un oléoduc d’environ 800 km reliant les champs pétroliers du nord ouest du pays à Lamu. L’information a été donnée le 15 septembre par le président William Ruto.
L’infrastructure doit accompagner la raffinerie de 700 000 barils par jour que Dangote prévoit de construire dans la ville portuaire. Le complexe de raffinage est évalué à 16 milliards de dollars (14 milliards d’euros) et sa construction doit être lancée le 30 septembre 2026. Le pipeline envisagé constitue ainsi le lien entre les ressources pétrolières de l’intérieur et le futur centre de transformation de la côte.
Le Turkana doit encore changer d’échelle
La première condition reste le développement de la production. À South Lokichar, dans le comté de Turkana, Gulf Energy, qui a repris en 2025 les actifs kényans de Tullow Oil, prévoit d’investir environ 6 milliards de dollars. Son plan de développement prévoit une entrée en production progressive à partir du 1er décembre 2026, sous réserve de l’approbation définitive des autorités.
Les ressources récupérables y sont estimées à environ 560 millions de barils. La première phase doit produire quelque 20 000 barils par jour, avec une capacité susceptible d’atteindre 50 000 barils par jour. Ces volumes restent très inférieurs aux 700 000 barils par jour de capacité annoncée pour Lamu. La production nationale devra donc être complétée par des approvisionnements extérieurs.
Le gouvernement estime que l’Afrique de l’Est pourrait théoriquement fournir plus de 600 000 barils par jour, dont environ 120 000 pour le Kenya, 250 000 pour l’Ouganda et 350 000 pour le Soudan du Sud. Ces estimations ne correspondent toutefois pas à des volumes sécurisés pour Lamu. Le brut ougandais doit déjà être acheminé vers la Tanzanie par l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP), tandis que les exportations du Soudan du Sud passent principalement par le Soudan.
Nairobi cherche parallèlement à accroître sa base de ressources. Une prochaine attribution doit porter sur dix blocs dans les bassins de Lamu et d’Anza. Au total, 94 puits d’exploration ont été forés dans quatre bassins couvrant 485 000 km², sans qu’un volume de ressources supplémentaires ait encore été communiqué.
Lamu face aux autres pôles pétroliers
Le projet s’inscrit dans une région où les États cherchent à associer production pétrolière, transport, raffinage et distribution. La Tanzanie et l’Ouganda ont ainsi signé en août 2026, avec Vitol, un protocole d’accord pour développer à Tanga un hub énergétique de plus de 20 milliards de dollars comprenant une raffinerie, un terminal de stockage, un quai maritime et un pipeline de produits raffinés. L’Ouganda développe parallèlement une raffinerie de 60 000 barils par jour à Hoima.
À Lamu, la stratégie kényane repose sur une autre combinaison : connecter ses ressources du Turkana à une nouvelle capacité de raffinage, puis utiliser cette base pour servir son marché et ceux de la région.
Le calendrier sera déterminant. South Lokichar doit encore franchir les dernières étapes réglementaires avant sa mise en production, tandis que l’infrastructure de transport et le complexe de Lamu doivent avancer en parallèle. Pour Nairobi, l’enjeu est donc de faire coïncider ces différents projets afin que la découverte de pétrole dans le Turkana puisse déboucher sur une chaîne de valeur intégrée, de l’extraction au raffinage.
La Tribune Afrique avec Afrika Stratégies France