La Malaisie est actuellement le cinquième importateur de fèves de cacao ghanéennes, derrière l’Union européenne, les États-Unis, le Japon et la Turquie. Audelà de ce débouché commercial, Accra entend s’appuyer sur l’expérience du deuxième transformateur de cacao en Asie pour renforcer sa propre industrie.
Le Ghana et la Malaisie pourraient approfondir leur coopération dans le cacao, notamment dans la transformation industrielle. La filiale britannique de la Ghana Cocoa Marketing Company (GCMC UK) a reçu, le 15 septembre, une délégation du Malaysian Cocoa Board. Selon Fuad Mohammed Abubakar, directeur général de GCMC UK, les discussions ont porté sur la transformation, la création de valeur, la qualité et la traçabilité dans la filière cacao.
Des usines encore sous-utilisées
Ce rapprochement intervient à un moment où le Ghana cherche à réduire sa dépendance structurelle à l’exportation de fèves brutes. En février 2026, le gouvernement a décidé qu’au moins 50% des fèves produites dans le pays seraient transformées localement à compter de la campagne 2026/2027. Cette mesure repose sur un constat paradoxal : le Ghana dispose déjà d’un appareil de transformation conséquent, mais celuici reste insuffisamment exploité.
En effet, si les exportations ghanéennes de produits transformés du cacao (pâte, beurre, poudre et tourteaux) ont enregistré une hausse exceptionnelle de 90% en 2025, les transformateurs du pays n’ont broyé en moyenne qu’environ 220 000 tonnes de fèves par an entre 2023 et 2025, pour une production annuelle moyenne proche de 600 000 tonnes.
À titre de comparaison, les capacités de broyage installées étaient estimées à environ 505 000 tonnes en 2025 selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA).
Le verrou principal demeure l’approvisionnement des usines. Une grande part des fèves collectées par le régulateur (Cocobod) est traditionnellement affectée aux contrats d’exportation. Les industriels locaux peuvent dès lors rencontrer des difficultés à sécuriser des volumes réguliers et compétitifs de matière première, alors même que leurs installations disposent de capacités disponibles.
Pour répondre à cette contrainte, les autorités ont annoncé un nouveau modèle de financement pour la campagne 2026/2027. Le dispositif doit préserver la rémunération des producteurs, qui doivent continuer de recevoir 70% du prix FOB, tout en renforçant la soutenabilité financière du secteur et la stabilité des prix. Le gouvernement prévoit aussi de relancer la Cocoa Processing Company (CPC), entreprise publique appelée à jouer un rôle central dans l’augmentation de la transformation nationale.
La leçon malaisienne
La Malaisie a longtemps été un producteur de cacao important, mais sa récolte s’est effondrée au fil des décennies. La production nationale s’établit désormais autour de quelques centaines de tonnes par an. Elle était estimée à 281 tonnes en 2025, selon les données officielles citées par les autorités sectorielles.
Pour autant, le pays a maintenu et développé une solide industrie de transformation, largement alimentée par les importations de fèves. Les données disponibles du Malaysian Cocoa Board montrent que le pays a exporté en 2024 pour près de 3,2 milliards d’euros (15 milliards de ringgits) de cacao et produits dérivés comme le beurre, la poudre, le chocolat et les préparations à base de cacao.
Le modèle repose sur plusieurs éléments : l’accès à des fèves importées, l’existence d’infrastructures portuaires et industrielles, une capacité à répondre aux standards des acheteurs internationaux ainsi qu’un positionnement affirmé sur les marchés d’exportation.
Le Ghana pourrait s’en inspirer en sécurisant l’approvisionnement de ses transformateurs, en améliorant l’utilisation de ses capacités de broyage, en renforçant les exigences de qualité et de traçabilité, et en développant les exportations de pâte, de beurre, de poudre et de chocolat vers des marchés diversifiés.
Il faut souligner que le pays cherche déjà à élargir les débouchés de ses produits transformés. Le Ghana a obtenu début juillet 2026 des engagements d’achat aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite pour plusieurs dérivés du cacao, dont la pâte, le beurre, le tourteau et la poudre.
Afrika Stratégies France avec La Tribune Afrique