Agro-alimentaire : l’indien Essar mise plus de 65 millions d’euros sur la valorisation des coques de cajou en Côte d’Ivoire

Longtemps considérées comme un simple résidu de transformation, les coques de noix de cajou ont pris une nouvelle dimension dans la filière ivoirienne. Leur potentiel dans la chimie biosourcée attire de plus en plus d’investisseurs et ouvre de nombreuses opportunités de création de valeur autour de l’anacarde.

Le groupe indien Essar Future Energy a signé, le 11 septembre dernier, un mémorandum de collaboration avec le Conseil coton anacarde karité (CCAK) et le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), en vue d’implanter dans le pays une unité de valorisation industrielle des coques de cajou pour produire du cardanol.

Selon le CCAK, le projet prévoit un investissement de plus de 65 millions d’euros (75 millions de dollars), consacré à l’achat des coques de cajou, à l’extraction du liquide de coque de noix de cajou (Cashew Nut Shell Liquid – CNSL), ainsi qu’à la production et à l’exportation du cardanol qui en découle. Ce produit chimique est utilisé dans de nombreuses applications industrielles, notamment pour la fabrication de résines, de vernis, de matériaux de friction et d’additifs industriels.

Selon les trois signataires, cette future unité pourrait devenir la plus grande usine au monde de production de cardanol. Le projet ambitionne également de résoudre une problématique environnementale majeure, notamment la gestion des coques issues de la transformation des noix brutes de cajou, tout en améliorant les revenus des producteurs.

Un secteur de plus en plus attractif

Cet accord s’inscrit dans une dynamique déjà solide. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de noix de cajou depuis 2015, année où elle a dépassé l’Inde. Le pays a produit un volume record de 1 549 221 tonnes de noix brutes lors de la campagne 2025, contre 944 673 tonnes en 2024, soit une progression de 64 % en une seule campagne, et une envolée depuis les 702 000 tonnes enregistrées en 2015.

L’investissement du groupe industriel indien intervient en somme au moment où le volume de coques de cajou va croissant, porté par l’augmentation de la transformation locale. Le pays compte désormais 37 usines de transformation, dont 24 détenues majoritairement par des entrepreneurs ivoiriens. Le taux de transformation locale est passé de 2% en 2011 (moins de 10 000 tonnes traitées) à plus de 42% en 2025, soit plus de 660 000 tonnes de noix de cajou transformées sur le territoire national.

Le projet d’usine d’Essar Future Energy illustre par ailleurs l’attractivité croissante du secteur anacarde en Côte d’Ivoire, qui ne tourne plus autour de l’amande seule. En juin dernier, à Attinguié, le groupe singapourien Valency International mettait en service son unité industrielle consacrée à la production de biochar à partir de coques de cajou. L’usine, considérée comme la première unité commerciale de grande capacité de production de biochar en Afrique, a une capacité de traitement de 20 000 tonnes de coques par an pour une production d’environ 6 000 tonnes de biochar. Bien avant, en 2025, l’entreprise ivoirienne Foods’Co avait obtenu un financement de 3 millions d’euros de la société belge BIO pour construire et exploiter une unité d’extraction de liquide de coque de noix de cajou à Béoumi. Le projet visait également la production de briquettes à partir des coques.

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