Le golfe de Guinée concentre une part croissante de l’activité d’exploration pétrolière mondiale. Les découvertes récentes et les bassins encore sous-explorés attirent les majors, qui cherchent à renouveler tant leurs réserves que leurs portefeuilles.
Le Sénégal et Eni ont signé un protocole d’accord pour évaluer le potentiel de cinq blocs offshore, dans le cadre d’études techniques et d’analyses géologiques et géophysiques financées par le groupe italien. Les travaux porteront sur les blocs SN01M, SN02M, SN03M, SN07M et SN40M.
L’accord intervient alors que Dakar cherche à relancer l’exploration de son bassin sédimentaire. Le ministre de l’Énergie, El Hadji Abdourahmane Diouf, a annoncé la semaine dernière que le Sénégal comptait proposer 109 blocs pétroliers et gaziers à des investisseurs locaux et internationaux. Sur les 113 blocs du pays, seuls quatre sont actuellement couverts par des contrats.
Pour Eni, ces cinq périmètres s’ajoutent aux 15 blocs obtenus en juin au large de la Guinée, dans le bassin MSGBC, sur environ 49 089 km². Ces permis de reconnaissance, valables un an et renouvelables, doivent permettre de mieux caractériser le sous-sol marin avant d’éventuelles décisions de forage. Le groupe a également conclu des accords similaires en Sierra Leone et en Guinée équatoriale.
Une façade atlantique redevenue stratégique
Ces opérations prennent place dans une région redevenue importante pour l’exploration mondiale. Selon S&P Global Commodity Insights, environ 11% des découvertes mondiales d’hydrocarbures réalisées depuis 2020, soit près de 8,7 milliards de barils équivalent pétrole, se situent le long des côtes du golfe de Guinée, principalement sous forme de pétrole brut.
Le potentiel de cette façade s’est notamment matérialisé au Sénégal et en Mauritanie. Le champ pétrolier Sangomar a fait du Sénégal un producteur en juin 2024, avec une production visée autour de 100 000 barils par jour. La première phase de Greater Tortue Ahmeyim, projet gazier développé avec la Mauritanie, a été lancée en 2025 avec une capacité annuelle d’environ 2,3 millions de tonnes de GNL. Les phases suivantes pourraient la porter à plus de 10 millions de tonnes.
Cette dynamique se déroule alors que les grandes compagnies cherchent à renouveler leurs portefeuilles face au déclin de certains actifs matures. Les découvertes récentes et la disponibilité de nouveaux périmètres ont renforcé l’intérêt pour cette partie de l’Atlantique. Le portefeuille africain d’Eni s’étend déjà de l’Égypte au Mozambique, notamment via la République du Congo, l’Angola et la Côte d’Ivoire. Ses nouvelles activités d’exploration l’amènent ainsi vers plusieurs bassins ouest-africains où les campagnes de reconnaissance précèdent encore d’éventuels investissements de développement.
Attirer les investisseurs tout en renforçant la participation locale
L’accord avec Eni prend place dans la nouvelle politique sénégalaise des hydrocarbures. Depuis 2024, le gouvernement examine les contrats miniers, pétroliers et gaziers afin d’en évaluer les retombées économiques et d’identifier les ajustements nécessaires. Pour les 109 blocs disponibles, les autorités peuvent intégrer leurs exigences dès le début des négociations.
Dakar veut notamment favoriser l’émergence d’acteurs sénégalais dans l’énergie, le pétrole et le gaz, sans exclure les compagnies internationales. Le gouvernement cible explicitement les investisseurs étrangers, dont les capitaux et l’expertise restent nécessaires pour financer l’exploration et développer de nouveaux projets.
L’enjeu sera donc de renforcer les retombées locales sans réduire l’attractivité des futurs permis. Le défi est d’autant plus important que le Sénégal évolue dans un contexte de financement tendu et de dette publique élevée, alors qu’il doit mobiliser des capitaux importants pour développer son secteur extractif.
La commercialisation des 109 blocs constituera ainsi un test de cette nouvelle approche. Il s’agira pour les autorités de vérifier si le cadre fixé en amont peut attirer suffisamment de capitaux et d’expertise tout en donnant aux entreprises sénégalaises une place accrue dans la chaîne de valeur.
La Tribune d’Afrique avec Afrika Stratégies France