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Mali: l’interdiction des motos hors des grandes villes, une mesure sécuritaire qui va bouleverser le quotidien

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Au Mali, les autorités de transition ont interdit le 3 juin 2026 par arrêté interministériel la circulation des motos en dehors des grandes agglomérations sur tout le territoire. Une mesure drastique avec effet immédiat, prise pour lutter contre les groupes armés et qui va bouleverser le quotidien de nombreux Maliens. La moto est devenue incontournable, notamment dans les zones rurales. Cette décision suscite énormément de réactions, rarement enthousiastes. Les autorités ont également interdit l’accès à 39 sites, principalement des forêts, considérées comme des refuges des groupes terroristes.

Un motard transportant un mouton à l'approche de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha, connue localement sous le nom de Tabaski, le 14 mai 2026.
Un motard transportant un mouton à l’approche de la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, connue localement sous le nom de Tabaski, le 14 mai 2026.AFP – –
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« Ce matin en sortant de la mosquée, les gens ne parlaient que de ça », témoigne un habitant de Tombouctou. Désormais, les motos de 125 cm3 et plus ne sont plus autorisées que dans le district de Bamako et dans les chefs-lieux des régions, dans les cercles (équivalent d’un département) et dans les arrondissements du pays. Les gouverneurs de région sont même autorisés à prendre des mesures encore plus restrictives, au besoin.

L’importation et la vente des motos et de leurs accessoires sont également suspendues pour une année renouvelable. Les commerçants ont 90 jours pour déclarer l’état de leurs stocks. Les motos non déclarées seront saisies.

Les « Djakarta », des deux-roues très répandus au moteur moins puissant, ne sont pas concernées par ces interdictions, mais leur utilisation est surtout intra-urbaine.

« Réduire les capacités des terroristes »

L’objectif est de lutter contre les groupes armés « terroristes », jihadistes ou rebelles, dont la moto est un moyen de déplacement privilégié. Lors des plus grosses attaques, en particulier celles du Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans), lié à al-Qaïda, ce sont d’impressionnantes colonnes de motos qui traversent les villages. Au quotidien, les groupes armés les utilisent notamment pour se ravitailler.

« Je soutiens cette décision à 1 000%, réagit un inconditionnel des militaires au pouvoir. L’armée va vite réduire les capacités des terroristes à se déplacer et à commettre des dégâts ». « C’est une bonne décision qui peut contribuer à la sécurité, abonde un soutien plus modéré des autorités de transition. Mais elle va handicaper beaucoup de monde ».

« Comment les villages vont-ils survivre ? »

Car les groupes armés ne sont pas les seuls à se déplacer à moto : « Pratique et moins chère, elle est entrée dans nos habitudes. » « Comment les villages vont-ils survivre ? », s’inquiète un notable de Tombouctou. « Maintenant, tout se fait à moto », souligne-t-il.

Rapidement, l’appréhension laisse place à la colère. « Les gens sont très choqués, témoigne un habitant de Koutiala. Est-ce que nos autorités connaissent le Mali profond ? C’est à moto que les villageois vont en ville, transportent les malades ou les femmes enceintes. C’est une mesure très impopulaire ».

« Les enseignants, les agents de santé, les ONG, ça va bloquer beaucoup de monde », affirme encore un Bamakois originaire de la région de Ségou.

« On nous empêche de vivre »

« 70% des Maliens vivent en milieu rural [68% précisément selon la Banque mondiale, NDLR], rappelle un économiste malien. Comment vont-ils faire dans les zones sans transports publics ou privés ? » Et de souligner les difficultés à prévoir pour les agriculteurs : « Ce sont beaucoup de petites exploitations familiales, on utilise la moto pour aller aux champs ou transporter les intrants. »

« Les gens ne comprendront jamais cette mesure brusque, estime un notable de Mopti. Il y a trop de restrictions, on nous empêche de vivre ». Une allusion aux multiples couvre-feu imposés par les autorités sur le territoire, ou encore à l’imposition de taxes sur les services téléphoniques, toujours mal digérée par la plupart des Maliens, qui subissent par ailleurs le blocus imposé par les jihadistes du Jnim sur le carburant et les coupures d’électricité massives.

« Nos dirigeants deviennent fous, s’emporte un Bamakois. Ça va augmenter la tension sociale ». « C’est un handicap pour les populations et ça va le devenir pour les autorités », prédit un autre.

Forêts interdites aux civils

Autre mesure adoptée le 3 juin, la création de 39 « zones d’intérêt militaire d’accès interdit à la population civile », principalement des forêts considérées comme des refuges pour les groupes terroristes : la forêt de Wagadou, à la frontière mauritanienne, celles de Keniebaoulé et Bossofala, près de Bamako, ou encore la forêt de Falémé, à la frontière sénégalaise.

Désormais, en-dehors des militaires, des douaniers et des agents des eaux et forêts, toute personne circulant dans ces zones sans autorisation sera considérée comme une cible par les forces armées.

Afrika Strategies France avec RFI

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