Au Cameroun, une session du parlement réuni en congrès s’est ouverte ce 2 avril 2026 à Yaoundé. Députés et sénateurs ont sur leur table un texte portant sur des modifications de certaines dispositions de la Constitution.
Le contenu des modifications souhaitées par la présidence camerounaise, à l’initiative, inclut la création d’un poste de vice-président de la République.
article réactualisé ce vendredi avec les premières réactions,

La dilvugation du texte a mis fin aux spéculations. Au Cameroun, c’est bien un poste de vice-président que le pouvoir veut instaurer. Le projet de modification de la Constitution a été présenté hier, jeudi 02 avril, en ce sens aux parlementaires réunis en Congrès.
Le projet de loi à l’étude, et dont RFI a eu copie, propose dans son article 5, alinéa 3 que le président de la République du Cameroun peut être assisté d’un vice-président de la République. Et c’est là toute la nouveauté.
Autre changement par rapport à la Constitution actuellement en vigueur, c’est désormais le vice-président qui, en cas de démission, décès ou tout autre empêchement dûment constaté du président de la République en fonction, achève le mandat de ce dernier. Cette prérogative était jusqu’ici dévolue au président du Sénat.
Reconfiguration de l’architecture institutionnelle
Selon le texte présenté aux parlementaires, le vice-président est nommé par le président de la République, pour « l’assister » ; tout comme le Premier ministre dont la fonction ne disparaît pas.
Le Président pourrait lui déléguer « certains de ses pouvoirs » et « de ses fonctions ». Le texte ne précise pas lesquels. Et, « en cas de vacance » au « sommet de l’État (…) pour cause de décès, de démission, ou en cas d’empêchement définitif (…) constaté (…)», ce vice-président achèverait le mandat du président.
Une fois le texte adopté, il pourrait s’appliquer au mandat en cours. Paul Biya, âgé de 93 ans, a prêté serment le 6 novembre pour un septennat. Il s’agit de son huitième mandat consécutif. La nouvelle Constitution lui permettrait donc de désigner son suppléant, en cas de besoin, jusqu’en 2032.
Si ces changements venaient à être adoptés, ils constitueraient une reconfiguration de l’architecture institutionnelle du pays : le pouvoir exécutif, incarné jusqu’ici par le président de la République secondé par le Premier ministre, serait désormais distribué sur trois pôles avec la création envisagée de ce poste de vice-président.
Premières réactions réservées
Le texte vient aussi donner une nouvelle orientation au schéma de la succession en cas de vacances du pouvoir, ce qui renforce l’intérêt vis-à-vis du profil de celui qui viendrait à être promu à cette fonction.
En amont de cette réforme, le professeur de droit public Jean Calvin Aba’a Oyono alertait sur une révision « unilatérale », « sans débat national préalable » de ce qui est en principe « la colonne vertébrale » de l’État. L’une des voix de la société civile, Philippe Nanga se disait hier jeudi « très inquiet » de ce qui préfigure selon lui une transmission du pouvoir « de gré à gré ». « N’allons pas vite en besogne », répond un cadre de la majorité ». « Les Constitutions doivent être dynamiques et le débat commence », assure-t-il. L’opposition elle, dénonce une stratégie de conservation du pouvoir. « Le moment est exceptionnel, faisons-en un tournant dans l’histoire du Cameroun ». C’est en ces termes que Théodore Datouo, président de l’Assemblée nationale, a conclu son discours d’ouverture. Compte tenu de la majorité écrasante du RDPC, le parti au pouvoir dans les deux chambres, L’adoption de ce texte actuellement par les parlementaires ne laisse que très peu de doute, selon Laurent Boyomo Assala, sénateur RDPC.
Une nouvelle configuration qui n’est pas forcément du goût de l’opposition camerounaise, laquelle dénonce une confiscation du pouvoir et une entorse à la démocratie. « C’est l’assassinat de la démocratie, le recul de l’état de droit », dénonce Bénilde Djeumeni, député SDF au micro de notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena. « Nous n’avons que notre voix, parce que nous sommes minoritaires à l’Assemblée, pour dire ‘non’ à cela, ce n’est pas adapté ! »
Pour Cabral Libii, membre de la commission des lois constitutionnelles à l’Assemblée : « Ce texte évite soigneusement les vraies questions qui nourrissent les attentes des Camerounais ». Il cite notamment dans un message publié sur ses réseaux sociaux, la limitation des mandats, la transparence du pouvoir et l’indépendance des institutions.
La session dédiée à cette révision constitutionnelle doit durer en principe jusqu’au dimanche 5 avril au Palais de Verre Paul Biya de Yaoundé.
Afrika Stratégies France avec RFI
