Bordeaux se fait ravir le sommet Afrique-France par Montpellier

Initialement prévu en juin 2020 dans la capitale girondine, l’événement se tiendra en juillet 2021 dans la préfecture de l’Hérault.

Repoussé, remodelé et, pour finir, délocalisé. Le 28sommet Afrique-France, initialement prévu à Bordeaux en juin 2020 sur le thème de la ville et des territoires durables, ne se tiendra pas dans la capitale girondine. Emmanuel Macron l’a annoncé au détour d’une phrase dans un entretien paru dans l’hebdomadaire Jeune Afrique le 20 novembre.

La déception est d’autant plus forte que le projet se voulait ambitieux. La première mouture de l’événement, proposée par Emmanuel Macron à Alain Juppé avant son départ de Bordeaux pour le Conseil constitutionnel en février 2019, avait la particularité de mêler acteurs publics et privés. L’organisation tranchait avec celle des précédents raouts : un tiers des frais devait être pris en charge par l’Etat et les deux tiers restants financés par les partenaires, pour une enveloppe globale comprise entre 7 et 10 millions d’euros.

« Au total, précise une source au fait du dossier, 500 entreprises françaises et africaines avaient déjà signé. Les contributions avaient déjà été récoltées. » Selon ses promoteurs, le sommet aurait dû ainsi générer près de 3 millions d’euros de retombées économiques pour le territoire girondin. Mais le Covid-19 est venu bouleverser ces préparatifs en même temps que changeait, à Bordeaux, l’équipe municipale.

« Voix dissonantes »

Pour faire face, l’Elysée a décidé de décaler l’événement et a choisi d’en repenser le format en mettant de côté le volet diplomatique pour se focaliser sur les sociétés civiles. Mais encore fallait-il s’entendre avec la nouvelle équipe municipale. Marie Audouard, la conseillère Afrique de l’Elysée, s’est rendue mi-octobre à Bordeaux pour rencontrer Pierre Hurmic. Ce dernier « a indiqué qu’il répondrait à la proposition sous quinze jours. Ça n’a pas plu du côté de l’Elysée qui s’impatientait », explique la source précédemment citée.

« Côté ville de Bordeaux, on n’entend pas accorder un blanc-seing, pas plus que de dérouler un tapis rouge au président. Pierre Hurmic, qui voue aux gémonies “la France-Afrique et ses dérives”, n’entend pas se laisser dicter sa conduite par l’Elysée », pouvait-on également lire dans Sud Ouest le 13 octobre.

L’événement était d’ailleurs devenu une pomme de discorde entre la nouvelle municipalité et l’ancienne. Des débats houleux de politique locale ont opposé Pierre Hurmic et l’ancien adjoint chargé des partenariats avec l’Afrique et coorganisateur du sommet, Pierre De Gaétan Njikam Mouliom.

« Au cours des dernières semaines de discussion, nos échanges n’ont cessé d’être perturbés par des voix dissonantes ou des initiatives parallèles d’un membre de l’opposition municipale peu en phase avec les nouvelles orientations et peu enclin à renoncer à ses anciennes prérogatives », déplore le maire.

« Posture idéologique »

Selon lui, Pierre De Gaétan Njikam Mouliom « considérait que le sommet France-Afrique devait se faire avec lui. Nous n’étions pas du tout d’accord pour qu’il le pilote. Nous voulions incarner un changement, alors que lui représente les relations anciennes, les vieux réseaux France-Afrique ».

De son côté, l’ancien adjoint déplore la « posture idéologique » et le « manque de hauteur » de l’élu écologiste. « A partir du moment où vous proposez d’accueillir cet événement, si vous avez ce sentiment que le maire de Bordeaux n’est ni enthousiaste, ni motivé et qu’il répond du bout des lèvres, à comparer avec la réaction du maire de Montpellier, vous n’avez pas le choix », ajoute-t-il.

Interrogée sur sa décision de délocaliser le sommet, l’Elysée se défend d’avoir simplement voulu reprogrammer l’événement dans l’Hérault. « La formule est profondément différente par rapport à ce qui était envisagé », insiste Marie Audouard. « Ce sera le premier sommet Afrique-France sans chefs d’Etat, exclusivement tourné vers la jeunesse et les acteurs qui portent la relation Afrique-France aujourd’hui, notamment dans les grands domaines évoqués par le président de la République dans son discours de Ouagadougou », explique la conseillère.

Malgré les désaccords évoqués par la presse, la conseillère assure que, dans leurs échanges, Pierre Hurmic « était très réceptif ». Seulement, à Montpellier, « on a senti une vraie volonté, un enthousiasme à l’idée de s’investir dans des partenariats d’avenir avec le continent africain, notamment le monde de l’enseignement supérieur, de la recherche, l’innovation, l’entreprenariat », conclut-elle.

Afrika Stratégies France avec Le Monde Afrique

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