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Pétrole libyen : quand ceux qui gardent les installations deviennent ceux qui les bloquent

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Après des années de perturbations, la Libye ramène sa production pétrolière à ses meilleurs niveaux depuis plus d’une décennie et cherche à attirer de nouveaux investissements. Cette remontée intervient toutefois dans un secteur où les responsabilités institutionnelles et sécuritaires restent parfois difficiles à démêler.

Des membres de la Petroleum Facilities Guard (Garde des installations pétrolières), chargée de protéger les infrastructures pétrolières libyennes, ont fermé une vanne sur l’oléoduc HamadaZawiya, provoquant l’arrêt de la production sur les champs de Hamada et Tahara. Si la production nationale reste pour l’instant autour de 1,4 million de barils par jour, l’épisode met en lumière un problème plus profond : un désaccord persiste sur la tutelle administrative et financière de ceux qui sécurisent une partie des infrastructures dont dépend l’économie libyenne.

 

La Petroleum Facilities Guard assure la sécurité d’une partie des infrastructures du secteur. Ses membres réclament aujourd’hui que sa gestion soit effectivement transférée à la National Oil Corporation (NOC), la compagnie publique pétrolière. Selon les informations relayées cette semaine par Reuters, la force opère encore sous l’autorité du ministère de la Défense et demande aux autorités un calendrier précis pour achever ce changement.

La Garde a également annoncé une réduction partielle de la production pendant une semaine sur plusieurs autres sites, dont Wafa et El Feel, avec la menace d’un arrêt complet si ses revendications ne sont pas satisfaites. La NOC prévient qu’elle pourrait déclarer la force majeure si la vanne reste fermée ou si les perturbations s’étendent à d’autres champs.

Une question de tutelle qui ne date pas d’hier

La mission de la Garde est de protéger les champs pétroliers, pipelines, terminaux, raffineries et autres infrastructures stratégiques du secteur. Son organisation institutionnelle est cependant plus complexe.

Un décret adopté en 2019 prévoit déjà une supervision administrative et financière par la NOC, tandis que le ministère de la Défense conserve des compétences en matière de formation, d’armement et de personnel. La revendication actuelle semble donc révéler un écart entre cette organisation prévue par les textes et le fonctionnement effectif décrit aujourd’hui par la Garde. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir précisément pourquoi ce transfert n’a pas été pleinement mis en œuvre.

Les ambiguïtés autour du statut et du fonctionnement de la Garde ne sont pas nouvelles. Après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Garde des installations pétrolières s’est fragmentée à mesure que différents groupes armés étaient intégrés dans ses rangs. Certaines de ses unités ont ensuite utilisé leur contrôle des infrastructures comme moyen de pression sur les autorités.

En 2013, une mutinerie au sein de la Garde avait entraîné l’arrêt des exportations depuis plusieurs grands terminaux de l’Est. Depuis, champs et ports pétroliers ont régulièrement été pris dans des conflits politiques, sociaux ou institutionnels.

Une reprise encore dépendante de la stabilité institutionnelle

Le mouvement actuel intervient alors que la NOC tente de consolider une remontée importante de la production. En juin, la compagnie publique avait annoncé environ 1,44 million de barils de brut par jour. En incluant les condensats, le total approchait 1,49 million de barils, son niveau le plus élevé depuis 2013.

 

Cette progression accompagne la remise en production de plusieurs champs, le retour de compagnies étrangères et la relance de l’exploration. Mais les précédents montrent que des conflits sans lien direct avec les capacités techniques de l’industrie peuvent rapidement interrompre cette dynamique.

 

En 2024, une crise autour de la direction de la Banque centrale avait ainsi conduit à la fermeture ou à la réduction de nombreux champs. La production de brut était tombée sous les 600 000 barils par jour avant de repartir après un accord sur la gouvernance de l’institution.

La situation actuelle reste beaucoup moins grave. Massoud Suleman, président de la NOC, assure que la production nationale n’a pas été fortement affectée. Le champ de Sharara, l’un des plus importants du pays, continue de fonctionner normalement.

 

L’enjeu dépend désormais de l’extension éventuelle du mouvement. Dans une économie où les hydrocarbures représentaient encore en 2024 environ 65% du PIB, 93% des exportations et 72% des recettes publiques, selon la Banque mondiale, une baisse prolongée de la production affecterait rapidement les recettes de l’État et les entrées de devises.

La Tribune Afrique avec Afrika Stratégies France 

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