Le riz est la quatrième céréale la plus consommée au Burkina Faso, après le sorgho, le maïs et le mil. Il s’agissait aussi, jusqu’à cette interdiction, de la graminée la plus importée dans le pays.
Au Burkina Faso, les achats de riz sur le marché international sont suspendus depuis le mercredi 29 avril. Dans le cadre de cette décision, la délivrance des Autorisations spéciales d’importation (ASI) de riz a été interrompue jusqu’à nouvel ordre.
« Les importateurs détenant à ce jour des ASI du riz en cours de validité disposent d’un délai de deux [02] mois pour accomplir les formalités d’importation. […]. En tout état de cause, tout contrevenant à cette décision s’expose à des sanctions conformément à la règlementation en vigueur », indique un communiqué conjoint des ministères de l’Industrie et du Commerce, de l’Économie et des Finances, et de l’Agriculture.
Une denrée stratégique
Cette restriction vise à faciliter l’écoulement de la production locale, selon les autorités qui ne donnent pas d’informations supplémentaires sur la situation de la filière ou sur d’éventuels stocks invendus. En attendant des détails, les observateurs soulignent déjà que la mesure s’inscrit dans un contexte où l’offre locale doit atisfaire une demande en pleine croissance.
Beaucoup moins présents dans les habitudes alimentaires des populations burkinabè que le sorgho ou le mil, le riz s’est toutefois enraciné depuis quelques années, avec consommation tirée par les centres urbains comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
Selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA), la consommation nationale de riz est passée d’environ 830 000 tonnes en 2019/2020 à 1,29 millions de tonnes en 2024/2025.
Pendant ce temps, la production de riz blanchi a grimpé de 245 000 tonnes à 438 000 tonnes. Pour combler, le gap, le pays a dû recourir à des importations, essentiellement en provenance d’Inde, du Myanmar et de la Thaïlande, qui sont acheminées principalement à partir des ports de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo. Dans le pays, actuellement 8e importateur africain de la graminée, les autorités déploient depuis 2020, la deuxième Stratégie nationale de développement de la riziculture (SNDR).
Cette feuille de route vise une production de 3 millions de tonnes de paddy d’ici 2030, pour un coût global d’environ 2 820 milliards FCFA (environ 4,3 milliards d’euros), et projette la création de 420 000 nouveaux emplois dans la chaîne de valeur.
Des difficultés d’écoulement à l’échelle sous-régionale
Cette suspension des achats au Burkina Faso est la dernière en date appliquée dans la sous-région ouest-africaine, où le riz local peine à s’écouler sur les marches intérieurs. Au Sénégal, les autorités ont opté pour des interventions combinant une subvention au riz local (50 FCFA par kilogramme acheté), et des directives incitant les institutions publiques à privilégier le riz domestique dans leurs approvisionnements.
Au Mali, le gouvernement a annoncé en avril le rachat par l’État de 26 030 tonnes de riz invendu auprès de l’interprofession, mobilisant l’Office national des produits agricoles du Mali pour stabiliser le marché et soutenir les producteurs. Au Ghana où environ 1 million de tonnes de riz paddy restaient invendues en novembre 2025, 200 millions de cedis (environ 15,3 millions d’euros) ont été alloués à la National Food Buffer Stock Company, afin d’absorber les excédents de riz et de maïs, puis de les réorienter vers des institutions publiques comme les lycées, les hôpitaux et les prisons.
Ces difficultés viennent illustrer les défis structurels auxquels sont confrontés les filières rizicoles ouest-africaines. D’un côté, le riz importé bénéficie souvent d’un avantage de prix, lié à des économies d’échelle et à des coûts logistiques optimisés. Ce produit est perçu comme plus homogène, mieux nettoyé, mieux conditionné (formats de sacs adaptés aux budgets), et plus régulièrement disponible, ce qui séduit une clientèle urbaine attentive à la commodité et à la constance de la qualité.
De l’autre, l’offre locale, qui est pourtant en augmentation sur la dernière décennie, pâtit de coûts de production élevés, de difficultés de transformation industrielle à grande échelle, et d’une logistique intérieure moins performante, ce qui renchérit son prix final pour les consommateurs.