La Guinée, l’autre terre promise des compagnies aurifères en repli hors du Sahel

Resolute Mining a annoncé un partenariat avec une société publique guinéenne pour explorer de nouvelles zones aurifères. Une annonce qui illustre un mouvement de fond : bousculés par la remise en cause des contrats au Mali et au Burkina Faso, certains producteurs d’or se repositionnent aussi en Guinée, dont le sous-sol recèle un potentiel sous-exploité.

En Guinée, la société publique Nimba Mining Company (NMC) a annoncé lundi 30 mars la signature d’un protocole d’accord avec l’australien Resolute Mining pour le développement de projets aurifères. La compagnie australienne, qui a notamment fait l’actualité en novembre 2024 à cause de l’arrestation de son PDG par les autorités maliennes, trouve donc un nouveau point de chute en Afrique de l’Ouest. Cette annonce symbolise bien la ruée en cours vers l’or guinéen, sur fond de climat des affaires dégradé dans d’autres juridictions minières de la sous-région.

Selon le communiqué de NMC, les deux compagnies entendent évaluer conjointement des zones à fort potentiel aurifère afin d’identifier des projets prometteurs. Ces derniers seront ensuite développés et mis en production par le biais d’une coentreprise. Aucun autre détail n’a encore été fourni sur l’investissement initial envisagé ou la répartition de l’actionnariat de la future coentreprise entre NMC et Resolute Mining.

La Guinée, refuge et relais de croissance

Resolute Mining n’est pas la première compagnie à se lancer en Guinée, après des déboires au Sahel. En avril 2025, Fortuna Mining annonce son départ du Burkina Faso, par la vente de sa mine d’or Yaramoko, évoquant un climat des affaires « de plus en plus difficile ». A peine six mois plus tard, la compagnie canadienne annonce en octobre 2025 un accord visant à établir une coentreprise axée sur l’exploration aurifère en Guinée avec l’australien DeSoto Resources.

Il aura fallu plus de temps à Resolute pour s’intéresser à la Guinée. La signature du partenariat avec NMC intervient en effet plus d’un an après l’arrestation au Mali de l’ex-PDG de la compagnie, Terence Holohan. Alors à Bamako pour mener des négociations avec le gouvernement malien, qui réclamait le règlement d’arriérés fiscaux à plusieurs compagnies minières, M. Holohan est resté en détention pendant plus d’une semaine.

Il n’a été libéré qu’après la signature d’un protocole d’accord prévoyant le versement par Resolute de 160 millions de dollars (139 millions d’euros) pour solder « toutes les réclamations en suspens » entre les parties. Un épisode marquant pour le dirigeant qui démissionnera quelques mois plus tard, et qui a pesé dans les plans de repositionnement de Resolute. Présente déjà au Sénégal, la compagnie annonce en mai 2025 son entrée dans un troisième pays ouest-africain avec l’acquisition du projet aurifère Doropo en Côte d’Ivoire.

Avec la Guinée, la Côte d’Ivoire est l’autre pays qui attire actuellement tous les regards lorsqu’il s’agit d’investissements dans le secteur aurifère en Afrique de l’Ouest. Si la nation éburnéenne se distingue surtout par des mines et projets aurifères bien établis, la Guinée attire particulièrement par son potentiel inexploité : le pays compte seulement cinq mines industrielles d’or en exploitation, contre 13 en Côte d’Ivoire.

Un potentiel à conforter

L’attrait de la Guinée ne se résume pas à un effet de report lié aux turbulences sahéliennes. Des acteurs qui n’ont aucun contentieux avec les gouvernements du Mali ou du Burkina Faso ont également choisi d’y investir, ce qui témoigne d’une réelle conviction sur la valeur géologique du pays. La famille Lundin, acteur majeur du secteur minier via ses investissements dans plusieurs grandes compagnies à travers le monde, a ainsi misé sur deux fronts en Guinée.

Elle a réalisé en 2024 un investissement conjoint avec Montage Gold dans Sanu Gold, une junior minière qui détient trois permis d’exploration jugés prometteurs dans le pays. En 2025, la famille Lundin a récidivé avec une prise de participation dans Predictive Discovery, dont le projet guinéen Bankan pourrait produire 250 000 onces d’or par an sur plus de 12 ans.

De son côté, le géant chinois Zijin Mining a également acquis en 2025 une part dans Predictive Discovery, confirmant que l’intérêt pour la Guinée dépasse les seuls acteurs en quête d’alternatives au Sahel. Perseus Mining, producteur d’or opérant en Côte d’Ivoire et au Ghana, est pour sa part devenu le premier actionnaire de Predictive Discovery dès 2024.

Reste que le potentiel géologique ne constitue pas, à lui seul, une garantie suffisante. Le retrait brutal d’une centaine de permis miniers par les autorités de Conakry a suscité l’année dernière des inquiétudes dans le milieu des affaires. La capacité de la Guinée à transformer les investissements initiaux annoncés ces dernières années en présence durable dépendra donc en grande partie de la solidité et de la prévisibilité de son cadre réglementaire.

Afrika Stratégies France avec La Tribune Afrique

Guinée Conakry
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