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Revue d'intelligence et d'Analyse

BURFINA FASO : La menace terroriste s’exporte chez les voisins

Depuis 2015, le Burkina Faso connait une situation d’insécurité permanente due à des attaques de groupes djihadistes et des bandes armées. Ces attaques macabres ont fait plus d’une centaine de morts dont un lourd tribut payé par les forces de défense et de sécurité. Un climat d’insécurité qui met en péril les voisins notamment le Togo, le Mali, la Côte d’Ivoire et récemment, le Bénin où deux touristes français ont été enlevés avant d’être libérés contre la mort de deux militaires.

 Alors qu’il était jusque-là épargné, le Bénin a connu tout début mai l’enlèvement de deux français dont le guide, béninois, a été assassiné. Un événement qui semble corroborer des informations faisant cas de prochaines attaques djihaistes dans plusieurs pays de la côte jusque-là épargnés. C’est le cas du Ghana, du Bénin et du Togo où des centaines de personnes ont été simultanément interpellées ces dernières semaines par des concertations conjointes de forces de l’ordre. Mais aussi de la Côte d’Ivoire qui a connu déjà une violente attaque à Grand Bassam, station balnéaire proche d’Abidjan, en mars 2016 et qui reste sous le coup de menaces persistantes. Le Burkina Faso devient-il un bastion d’où partent des groupes terroristes pour déstabiliser les pays voisins ? Les dernières attaques y datent de mi mai, alors qu’une église catholique est attaquée à Dablo, dans le centre nord du pays et faisant 6 morts dont un prêtre. Regroupé en conférence épiscopale régionale quelques jours plus tard, 150 cardinaux, évêques et prêtres ont reçu la visite et le soutien de Christian Kaboré, le président burkinabé. Au cours de ces dernières semaines, les forces de défense nationales ont fait l’objet de nombreuses attaques. Plusieurs soldats sont tombés en défendant l’intégrité de leur pays. Pendant que les attentats terroristes se déplacent du Nord vers l’Est du pays, les attaques se répètent sur l’étendue du territoire national. Comme si bastion sahélien du djihadisme glisse du nord Mali vers l’ex Haute Volta.

Ces chiffres qui affolent les voisins

 Le Burkina Faso est devenu la proie d’attentats et des attaques terroristes, ces quatre dernières années. Ce sont au total, plus de 115 attaques que le pays des Hommes intègres a subi sur son sol. Le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) frappe au cœur de la capitale Ouagadougou où des individus enturbannés et armés ont tiré à la mitraillette sur des civils dans le bar Taxi brousse, le restaurant Cappuccino et le Splendid hôtel fréquentés par des ressortissants européens.  Au décompte final, c’est un bilan lourd de 30 morts et plusieurs blessés. Ces attentats considérés comme des représailles pour la participation du Burkina Faso dans le G5 Sahel aux côtés du Mali, du Niger, de la Mauritanie et du Tchad, contre les formations djihadistes ; des signaux forts ont été lancés par des terroristes en provenance du Mali. Ces derniers avaient toute la latitude de franchir la frontière pour venir perpétrer des attaques en territoire burkinabé depuis la création du G5 Sahel ; en février 2014. Le 13 août 2017, deux individus arrivent en moto et tire sur des clients ducafé-restaurant Hallal Aziz Istanbul situé en plein centre de la capitale Ouagadougou. Un autre bilan macabre de 19 morts et des blessés sont mis au compte des terroristes. Le 02 mars 2018, un double attentat est commis contre l’Etat-major de l’armée et l’ambassade de France à Ouagadougou. Huit soldats burkinabés sont morts dans ces attaques revendiquées par le  Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (Gism). Pour son leader le  Touareg malien Iyad Ag Ghaly, ce sont des représailles contre la mort de plusieurs de ses dirigeants dans un raid de l’armée française dans le nord du Mali. Le 27 décembre, la Brigade Territoriale de la Gendarmerie et des renforts venus de Dédougou tombent sur une embuscade ennemie. Bilan, dix gendarmes tués et trois blessés. Ainsi pour arrêter l’hémorragie, le gouvernement du président Roch Marc Christian Kaboré a jugé nécessaire de prolonger l’Etat d’urgence de 12 jours à six mois ; dans des zones vulnérables qui pourraient favoriser d’éventuelles attaques terroristes. Au sortir du Conseil des ministres hebdomadaire du 08 mai 2019, le chef de l’Etat burkinabé à procédé à la nomination de quatre nouveaux gouverneurs dans le Nord, l’Est, le Sahel et le Centre-Nord qui sont des zones ciblées par des attaques jihadistes.

Conflits intercommunautaires

Le 1er janvier 2019, des individus armés déguisés en bergers peuls attaquent le village de Yirgou situé dans la commune de Barsalogo, dans le Centre-Nord du Burkina Faso ; tuent six personnes y compris son chef du village. Les représailles anti-peuls menées par des groupes de l’ethnie Mossi d’où était issu le défunt chef du village de Yirgou; vont alourdir le bilan de 200 morts selon la société civile. Plusieurs éleveurs peuls sont lynchés, des cases sont incendiées et des boutiques pillées. Avant l’arrivée des forces de défense et de sécurité burkinabé, les assaillants se sont repliés vers la frontière avec le Ghana. La zone Est du Burkina Faso devenue le théâtre d’opération des groupes terroristes et jihadistes. « Cette attaque serait un rebondissement de la crise qui secoue depuis un certain temps la chefferie coutumière de cette localité où deux camps s’opposent », indique le texte signé par le ministre Siméon Sawadogo.

Cette situation d’insécurité que connait le Burkina Faso depuis les premières attaques terroristes sur son sol, va favoriser un  conflit intercommunautaire similaire au Mali. Ce pays voisin a lui aussi été le premier à connaitre des attaques terroristes. Suspectant les communautés peules d’être complices avec certains éléments terroristes, des chasseurs traditionnels appartenant à une milice armée dogon, attaquent les localités d’Ogassagou et de Welingara, non loin de Bankass, dans la nuit de vendredi 22 au samedi 23 mars. Bilan, plus de 115 civils tués et des centaines de personnes blessées. Au Burkina Faso comme au Mali, les violences entre populations autochtones et peuls sont récurrentes. Elles sont souvent sanglantes chaque fois que la communauté peule nomade est soupçonnée de compter des membres au sein des groupes terroristes. C’est un bilan lourd en pertes de vies humaines pour ces deux pays, dans des conflits intercommunautaires.

Mali et Côte d’Ivoire dans le viseur

 Les attaques terroristes dans le Sahel ont débuté au Mali par des kamikazes du Mujao contre les forces françaises de l’opération Barkhane, dans les villes de Kidal, Gao et Tombouctou ; après l’invasion des jihadistes en 2013. Deux ans plus tard, Bamako la capitale subit sa première attaque terroriste. Le 07 mars 2015, un commando de deux armés ouvre le feu dans bar-restaurant fréquentée dans la capitale. L’attaque se solde à cinq morts dont un Français et un Belge. Elle est revendiquée par Al-Mourabitoune qui va récidiver avec l’explosion d’une voiture piégée à Ansongo tue trois civils et blesse neuf casques bleus nigériens, le 15 avril. Cinq jours plus tard, la psychose s’empare des populations de Bamako avec l’attentat de l’hôtel Radisson Blu où des jihadistes ont fait irruption avant d’ouvrir le feu. Ils tuent 19 personnes avant d’être abattus par les forces spéciales françaises et maliennes. L’attaque est revendiquée par Al-Mourabitoune, avec le soutien d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Le 12 février 2016, les terroristes attquent le camp de Mission des nations unies pour le Mali (Minusma) avec une pluie de roquettes ; à Kidal. Un véhicule piégé conduit par un kamikaze mauritanien fonce sur des casques bleus et tuent sept soldats guinéens dont une femme. Cette même attaque a provoqué 35 casques bleus blessés. L’attaque est revendiquée par Ansardine. Depuis, de nombreuses attaques ont été perpétrées dans le Nord du Mali où des groupes jihadistes se heurtent aux forces de défense malienne, la Munisma. Le 29 juin 2018, un commando de six hommes attaque le quartier général du G5 Sahel à Sévaré. Bilan, cinq morts dont deux soldats, un civil et deux assaillants. Il y a eu 11 blessés dans les rangs de la force conjointe du G5 Sahel. Selon les estimations des Nations unies, 237 attaques de djihadistes ont été recensées en 2018 au Mali. A ce jour, on constate la recrudescence des attaques terroristes contre l’armée malienne qui paie un lourd tribut. L’attaque du 17 mars dans le Centre du pays, a fait 23 soldats maliens tués. Malgré les soldats de l’ONU, de Barkhane, du G5 Sahel ; la menace terroriste continue de hanter le sommeil des populations.

L’autre pays voisin du Burkina Faso et du Mali qui n’a pas été épargné par la vague terroriste qui sévit en Afrique de l’Ouest, c’est la Côte d’Ivoire. Le 13 mars 2016, ont attaqué à la kalachnikov, la plage de Grand-Bassam située à 40 km d’Abidjan. Cette station balnéaire classée patrimoine mondiale par l’Unesco, est fréquentées par les populations ivoiriennes et les touristes qui viennent profiter de ses belles plages. L’attaque revendiquée par Aqmi a fait 19 morts dont trois soldats des forces armées ivoiriennes.

Almami Camara, Dakar, Afrika Stratégies France

 

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