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Makhtar Camara : « Le mieux vivre-ensemble est un rempart solide contre le repli identitaire »

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Fondateur de l’association Valeurs Républicaines en Partage (VRP), qui promeut le « mieux vivre-ensemble », Makhtar Camara est basé en région parisienne. Originaire du Sénégal, il milite depuis de nombreuses années pour que la société française accepte et comprenne que sa multi-culturalité est une richesse. Rencontre avec un homme qui se bat pour rassembler les différentes composantes de la France.

Makhtar Camara, qui participe régulièrement aux Forums dédiés à la diaspora africaine, à Paris, impressionne toujours ses interlocuteurs par son éloquence et son verbe haut. Il faut dire que les discours enflammés du militant chevronné pour une société française plus juste et tolérante envers ceux venus d’ailleurs ne laissent personne indifférent. Originaire du Sénégal, c’est en 1989  qu’il dépose pour la première fois ses valises en France pour étudier le Droit à l’université de Paris Descartes. Le jeune homme qui finit par obtenir tous ses diplômes, notamment un DEA en contrat civil et commerciaux, ou encore un master 2 en politique publiques et développement, rencontre des difficultés dès son arrivée sur le territoire français. « La principale difficulté était de découvrir une société assez individualiste qui vous isole si vous n’avez pas le sens du relationnel, se remémore-t-il. C’est pour rompre avec cela qu’avec des amis nous avons créé l’association FORUM, pour permettre aux nouveaux venus de trouver leur place, en facilitant leur intégration au sein de l’université. Au bout d’un an, à l’occasion des élections, j’ai été élu au conseil d’administration de l’université sur la liste de FORUM. » Son intérêt pour le monde associatif ne date en effet pas d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard s’il est l’un des responsables de l’association PROMEVIL, qui fait de la médiation sociale et urbaine. « Son objectif est d’instaurer la tranquillité publique. Nous avons des partenariats avec la SNCF et certaines villes, telles que Cergy, Courbevoie ou Nanterre notamment », explique-t-il. Hormis ses responsabilités dans l’organisation, il consacre le plus clair de son temps à sa propre association, VRP, qui lui tient particulièrement à cœur.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre association VRP ?

L’association VRP mieux vivre ensemble a été créée le 21 avril 2016. Elle a pour objectif de promouvoir les valeurs républicaines que nous avons en partage, pour mieux vivre ensemble. Nous œuvrons pour la consolidation de nos libertés, d’une véritable égalité des chances, de la réhabilitation de  la fraternité républicaine, du  respect de la laïcité et l’intégration pour une France plus harmonieuse. Vous avez remarqué que je parle du « mieux vivre ensemble » et non du vivre ensemble. Pour rappel, le vivre ensemble est défini comme une cohabitation harmonieuse entre individus ou entre communautés. La fête des voisins est un bel exemple du vivre ensemble. Cependant cette notion commence à montrer ses limites. C’est pour cela que nous parlons du « mieux vivre ensemble ».

Pourquoi était-ce nécessaire pour vous de créer une association qui prône le « mieux-vivre ensemble » ?

Le 21 avril 2016, le choix de la date de création n’est pas anodin. L’association est née d’un constat. Depuis le 21 avril 2002, la fracture identitaire s’élargit chaque jour davantage. Avec l’arrivée de Jean Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, les langues se sont déliées, les extrémistes, mêmes les plus pusillanimes, assument de plus en plus le rejet de l’autre. Nous assistons à un nationalisme galopant. Je partage avec Romain Gary l’idée selon laquelle : « Le patriotisme, c’est d’abord l’amour des siens, le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres. » C’est ce qui m’a poussé en tant que patriote à créer VRP mieux vivre ensemble  le 21 avril 2016.

Concrètement, quelles sont les différentes actions que vous menez ?

Nos actions consistent donc à mieux faire vivre la citoyenneté. Nous organisons des conférences sur la sensibilisation des valeurs de la République, sur le respect des institutions, sur les rapports de la police et des jeunes dans nos quartiers et sur la lutte contre la radicalisation. Nous participons depuis l’année dernière à la journée internationale du vivre ensemble dans la paix, promue depuis trois ans par la confrérie soufie Alawiyya, basée à Mostaganem en Algérie, qui a lieu tous les ans le 16 mai. J’espère qu’à travers nos actions, notre pays retrouvera sa sérénité avec moins de discriminations, moins d’exclusions moins de racisme et moins d’antisémitisme et d’islamophobie.

Comment analysez-vous l’évolution du concept « Vivre ensemble » en France, à l’heure où le repli identitaire est de mise partout en Europe et l’islamophobie en forte hausse ?

Le vivre ensemble est une invention formidable, mais qui a assisté de manière impuissante à la fracture identitaire, la fracture sociale et la montée des intégrismes et des extrémistes. C’est la raison pour laquelle, je pense qu’il faut passer au « mieux vivre ensemble », par l’introduction du «  faire ensemble ». C’est la conjonction entre  le vivre ensemble et le faire ensemble qui crée le « mieux vivre ensemble ». Cela permet de passer de l’incantation à l’action. La définition que je propose est la suivante : « Le mieux vivre ensemble est la volonté de personnes physiques ou personnes morales de réaliser ensemble   des actions dont l’objectif est de favoriser la concorde sociale ». Le fondement est la famille France qui puise ses racines de la fraternité républicaine. La famille est la première sphère de l’apprentissage de l’amour de son prochain.  Lorsque l’on aime sa famille, on ne tente pas de la diviser.

Pourtant la société française qui est multiculturelle est plus que jamais divisée aujourd’hui… Quel est votre regard sur cette situation ?

Ma conviction est que certains n’ont aucun intérêt à ce que le vivre -ensemble fonctionne. Ils prétendent aimer la France mais  œuvrent pour la division de nos concitoyens. Ils sabordent la concorde sociale. Ils n’ont qu’un objectif : déconstruire le pacte républicain. Ce sont les fossoyeurs du « mieux vivre ensemble ». Marine Le Pen, Robert Ménard, Alain Finkielkraut ou Eric Zemmour sont des fossoyeurs notoires. Ils ne veulent nullement que la France soit apaisée parce qu’ils n’ont d’existence politique ou intellectuel qu’en divisant nos concitoyens. Mais qu’on se le tienne pour dit : « le mieux vivre-ensemble » est un rempart solide contre le repli identitaire et toutes formes d’extrémismes.

Et la diaspora africaine dans tout cela ? Quelle place occupe-t-elle aujourd’hui en France, selon-vous ?

La diaspora africaine n’a toujours pas la place qu’elle devrait occuper. Elle est encore ostracisée, discriminée, mais a un avenir certain. Elle est de mieux en mieux formée et s’implique de plus en plus dans la gestion des affaires et de la cité. C’est une évolution qu’on ne peut que saluer.

Propos recueillis par Assanatou Baldé, Paris, Afrika Stratégies France

 

 

 

 

 

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