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Sénégal : le gouvernement minimise-t-il les naufrages de migrants ?

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Après une série de naufrages de migrants à la fin d’octobre, les critiques se multiplient contre les autorités, dénonçant leur manque de réaction. Et certaines personnalités, comme le khalife général des mourides, se saisissent de la question.

D’ordinaire, cette plage est agitée par le ballet des pêcheurs qui ramènent leur butin du large. Mais en cette dernière semaine d’octobre, le rivage de la ville côtière de Mbour, au sud de Dakar, offre un spectacle macabre, relayé sur les réseaux sociaux. L’océan recrache des dizaines de corps : les cadavres de jeunes Sénégalais dont les pirogues ont fait naufrage entre le 22 et le 26 octobre. Certains d’entre eux n’avaient pas encore quinze ans, d’autres entamaient à peine leur trentaine. Tous ont voulu tenter leur chance, espérant rallier les côtes espagnoles.

Selon le bilan de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publié le 29 octobre, 140 personnes auraient perdu la vie en mer ce jour-là. Des « informations infondées », a immédiatement démenti le ministère de l’Intérieur sénégalais par voie de communiqué, évoquant le repêchage de six corps et le sauvetage de 91 rescapés.

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Bataille de chiffres

« L’émigration irrégulière s’opère par le contournement des circuits officiels. Il n’est donc possible d’en établir l’ampleur statistique qu’à partir des données recueillies auprès de migrants qui arrivent sur les côtes des pays destinataires, secourus par les services officiels ou lorsque surviennent malheureusement des incidents dramatiques, fait valoir la ministre sénégalaise de la Jeunesse, Néné Fatoumata Tall. Dans tous les cas, cela nécessite un travail rigoureux de collecte, de confrontation et de stabilisation des chiffres. Les services compétents de l’État y travaillent et, une fois que les statistiques seront scientifiquement éprouvées, nous nous ferons le devoir de les partager. »

En attendant les chiffres officiels, le gouvernement appelle donc à « revenir à des proportions beaucoup plus objectives et plus réalistes pour parler de ces questions plutôt que de faire dans l’émotion », comme l’exprimait Abdou Latif Coulibaly, ministre secrétaire général du gouvernement, ce dimanche 15 novembre sur les ondes de RFM, réfutant le bilan des organisations internationales qui parlent de 414 Sénégalais morts depuis le début de l’année 2020, contre 210 en 2019.

Forme de déni ?

Si les autorités font valoir la prudence et l’objectivité, les internautes eux, dénoncent une forme de déni et voient dans le refus du gouvernement de publier un bilan officiel une manière de passer le drame sous silence. Depuis la série de naufrages, ils réclament une journée de deuil national et exigent d’avantage d’engagement de la part des autorités. « On ne pleure pas assez nos morts », dénonce un professeur d’histoire-géographie sur Twitter, quand d’autres ont organisé un deuil national numérique le vendredi 13 novembre.

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