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TOGO : Ces femmes qui tiennent le président Gnassingbé, avec rapacité

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Un an et demi après l’élection d’une femme à la tête du parlement, deux décrets pris simultanément font de la très influente Victoire Dogbé chef du gouvernement et promeut Sandra Johnson secrétaire générale de la présidence.  Mazamesso Assih, Ingrid Awadé ou encore Reckya Madougou, des femmes encerclent le chef de l’Etat et dans son ombre, mènent en douce, avec une rapacité sans pareille, le combat d’extension de leur pouvoir.

Sabine Mensah. La charmante octogénaire est sans doute la femme la plus influente du Togo. Elle suit de près le quotidien de son fils et n’hésite pas à tenir à l’œil sa cuisine. Depuis l’arrivée au pouvoir de son fils aîné, cette femme originaire du sud-ouest du pays place, dans le système d’État et les sociétés juteuses, proches et rejetons. Exigeante et précautionneuse, la catholique d’obédience franciscaine et passionnée de la papauté récite au quotidien le chapelet pour son fils auprès de qui elle s’assure qu’il fait ses prières régulièrement. Elle est la principale conseillère du président togolais depuis 15 ans et reste inébranlable même quand la presse locale l’accuse d’une voracité foncière qui la pousse à enchaîner des propriétés immobilières dans tout le pays. Mais au-delà d’elle, un truculent gynécée gravite autour de celui qui a récemment forcé un 4e mandat. Et qui est fort sensible à la gent féminine, Faure Gnassingbé en fait la promotion. S’il a donné le ton en faisant élire une femme à la tête du parlement, le démission récente de son inaudible Premier ministre lui a permis un jeu de chaises largement à l’avantage, là encore des  femmes. Depuis deux décennies, Ingrid Awadé, frivole ancienne gestionnaire des impôts et depuis peu, patronne de la Caisse Nationale de sécurité sociale (Cnss) après un bref passage à la direction en charge du secteur informel a une influence à nul autre pareil. Sans compter avec l’ancienne garde des sceaux du Bénin voisin, bombardée conseillère spéciale avec rang de ministre. Si elles ont en commun d’être belles, ce qui alimente dans l’opinion locale une florissante libido pour un président à la timidité mystérieuse, elles sont aussi diversement bien formées pour les postes qu’elles occupent. Même si… !

La « féline » aux griffes invisibles

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La primature ? Elle y pense en se maquillant chaque matin. Victoire Dogbé est aussi une femme de pouvoir qui a compris qu’aucun moyen n’est de trop pour arriver à ses fins. D’une botte de latérite bien « vaudouifiée » à des amulettes chrétiennes, elle mobilise, en syncrétiste assermentée, toutes les ressources spirituelles au service de son ambition. Sa méthode, celle du rapace, elle s’empare de tout et tient tout à l’œil comme si chaque espace non occupé est une part de pouvoir perdue. De ses collaborateurs immédiats aux subalternes, elle veut tout savoir. A ces détracteurs, sa riposte est immédiate et violente, elle les empêche de voir le chef de l’État. Rusée, celle qui est encore directrice de cabinet à la présidence togolaise est une insaisissable femme politique qui adapte sa stratégie au terrain. Personne ne sait exactement ce qu’elle pense et elle arrive toujours à bout de ses buts. Car pour elle, le pouvoir est une jungle et seules les qualités de félins y prospèrent. Être en opposition avec elle, c’est signé son arrêt de mort. « Elle te descend auprès du président et te ferme toutes les portes » se souvient l’un de ses anciens  proches. L’ancien patron de la communication de la présidence Cléo Pétchézi qu’elle a ramené elle-même du siège de l’Union africaine (Ua) en a fait l’expérience amère jusqu’à la lie. Dogbé, c’est aussi la femme de clan. Au ministère du développement à la base qu’elle cumule avec son poste de Directrice du cabinet présidentielle, elle a fait la part belle à sa famille, fermant les yeux sur les pompeuses malversations devenues un dogme. A 60 ans (elle aura 61 ans en décembre prochain), et malgré ses puissances spirituelles réelles ou supposées, celle qu’on appelle aussi « Da-Vaudou » (maman vaudouisante » en lien avec l’animisme local, est arrivée au sommet de sa carrière. Elle vient d’être nommée Premier ministre alors que compte tenu de son influence colossale auprès du président, ses relations avec la mère de ce dernier sont au point mort.

La bonne et la brute

Reckya Madougou et Ingrid Awadé ont des pouvoirs équivoques ou presque auprès du président togolais mais dans différents domaines. La première est une intellectuelle au parcours irréprochable affublée par ses détracteurs d’une certaine hautaineté, la seconde est une crainte pour sa force à faire changer d’avis à Faure Gnassingbé, l’intrépide dont les passages devenus rares au Palais donnent beaucoup de sueur froide. L’une gère réseaux, lobbying, dossiers exigeants et pilote des projets techniques comme le Mifa (Mécanisme inclusif pour le financement agricole) qui a donné un élan à l’agriculture et l’autre la branche politico-armée du parti. Entretenant avec le ministre d’Etat Soli Toki Esso un mystérieux réseau tribalo-kabyè autour du président, Ingrid Awadé régente le maillage du terrain et incarne, grâce à ses acolytes sécurocrates, la brutalité du pouvoir. Les deux femmes ont en commun d’être « bosseuses ». Si elle ne boit presque jamais une goûte d’alcool, Madougou travaille de longues nuits et ne sait jamais s’arrêter. Il arrive parfois au chef de l’Etat de lui rappeler « la nécessité de se reposer ». Ses nombreux déplacements aux quatre coins du monde pour le compte de son mentor ne l’empêchent pas d’enchaîner initiatives plutôt intello et ouvrages. Son dernier livre  été lancé fin septembre, à Cotonou alors qu’elle travaille déjà à d’autres manuscrits. Quant à Ingrid Awadé, c’est dans l’hydroxyle qu’elle puise son inspiration. Infatigable travailleuse tout de même, elle ne s’éloigne jamais de son verre de bière dans lequel respire du champagne dilué à l’eau. Elle en a développé même une certaine addiction. Si Madougou pourrait retrouver plus de pouvoir avec le départ de Dogbé du cabinet, Ingrid Awadé pense déjà à 2025. Pragmatique et déterminée, cette femme de 46 ans (même âge que Madougou) dont le principal regret est de n’avoir pas fait un « fils pour le président » est derrière la machine à gagner du chef de l’Etat togolais depuis toujours.

La ravissante qui ne réfléchit que par le palais

Complexée et trop prudente, la présidente de l’Assemblée nationale togolaise est plutôt d’un genre nouveau. Yawa Djigbodi Tségan obsédée par un besoin de s’entretenir au téléphone avec Faure Gnassingbé et s’obstine à rendre compte de tout. Au point d’exaspérer son mentor qui s’ennuie très vite. Le limogeage récent de son mari, responsable d’une société d’Etat, qui a organisé une fête de mariage en pleine pandémie du Covid19 a alimenté des rumeurs sur une relation prétendument amoureuse avec le président togolais. Sauf que dans ce domaine,  les rumeurs sont ce qui manque le moins. Mais ce départ inattendu de Adoyi Essowavana serait plutôt lié à l’irresponsabilité d’un festin de noces sans gestes barrières. L’épouse qui a une peur pathologique de contrarier le président n’a pas hésité à approuver, de vive voix, cette décision. Si sa nomination visait, face à une crise politique inédite, à calmer les populations de Tchaoudjo, région dont son mari est originaire, déchainée contre le pouvoir en août 2019, elle a vite pris ses marques. Désormais, son charme débonnaire et ses tenues de tissus aux couleurs souvent trop vives font le tour des médias et elle incarne une forme de modernité d’autant que les perchoirs des parlements africains ont été longtemps des affaires d’homme. Avoir favorisé un tel choix humanise un peu ce pouvoir dont Faure Gnassingbé incarne l’introversion, la froideur et l’impassibilité.

Les deux ambitieuses qui visent haut

Dans la caste féminine du président, deux personnalités montantes. Sandra Johnson et Mazamesso Assih. Appelée encore « Madam Doing Business« , Johnson coordonnait la Cellule Climat des Affaires à la présidence, avec rang de ministre déléguée. Elle vient d’être nommée secrétaire générale, poste stratégique qu’aucune femme n’a jamais occupé au Togo depuis l’indépendance. Les classements du Doing business annuellement réalisés par les Nations Unies lui ont donné une certaine notoriété et renforcé son influence auprès du président. Quant à Assih, elle restera sans doute à son poste de secrétaire d’Etat, en charge du  secteur informel et de la finance inclusive. Une nomination jamais digérée par l’autre dame de fer,  Ingrid Awadé sous laquelle elle officiait précédemment. D’autant que la Direction de l’organisation du secteur informel (Dosi) que dirigeait dame Awadé dépend, théoriquement, de son ex collaboratrice. Si par leur âge (41 ans pour la première et 40 ans pour le seconde), ces deux femmes ont en commun d’être en progressive montée dans la machine d’Etat, leur parcours sont bien différents des femmes de leur génération. Déjà trentenaire, l’une comme l’autre a  accumulé une énorme expérience. Johnson est un produit des institutions financières internationales et Assih est une masse d’expériences dans le secteur privé français. Peugeot SA, EDF (société française d’électricité), ou encore le géant de l’assurance Generali ont donné le flair des opportunités à cette femme joyeuse  et à l’intelligence vive. Diplômée de l’institut du Fonds Monétaire International à Washington, Sandra Johnson qui s’est longtemps familiarisée aux institutions de Bretton woods ne devrait pas avoir du mal à se tirer d’affaire à son nouveau poste.

Si à ces femmes aussi belles et charmantes que leurs parcours ne soient étoffés, la presse locale attribue le pouvoir de tenir le président par les « couilles », une chose est certaine, elles ne manquent pas de compétences. Et cette flamme étincelante qui les anime toutes, créant une permanente scène de rivalité et de jalousie n’est pas loin d’être le meilleur aphrodisiaque pour tout prince. Et qui dit que joindre l’agréable à l’utile tue ? Poser la question à… Faure Gnassingbé !

MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France

 


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