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COTE D’IVOIRE : Plus de trente-cinq dossiers incomplets et candidatures fantômes

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A la clôture du dépôt des dossiers le 31 août, pas moins de 45 candidats en tout. La Commission électorale indépendante (Cei) est chargée de transférer les dossiers au Conseil constitutionnel pour vérification. Au moins, 35 dossiers sont soit incomplets, soit soumis à l’insu du candidat supposé. Ce qui devrait réduire à moins de dix la liste définitive alors que l’introduction du parrainage visait à éviter des candidatures farfelues.

« Je me suis présenté en indépendant pour le peuple de Côte d’Ivoire » a confié Kouadiou Konan Bertin (KKB) qui a dû, comme la plupart des candidats, soumettre son dossier en deux phases. Il avait produit les principales pièces en amont avant de mettre de l’ordre dans ses parrainages. Il faut aussi dire qu’il disposait abondamment de parrains, largement plus que les 17.600 exigés, « un peu  plus de 40.000 selon le dernier décompte » de son cabinet. Un exploit qui rassure ce candidat de 52 ans qui ne doute pas de sa victoire prochaine, « j’ai la jeunesse avec moi ». Occasion pour le député de revendiquer de nouveau son appartenance au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) dont le candidat officiel est Konan Bédié. Il s’agit de fait de signatures d’électeurs, à rassembler partout dans le pays. « Une forme de campagne » selon la Cei. Si au moins 30 candidats n’ont pas pu rassembler les signatures nécessaires, deux candidats dont l’ex préfet d’Abidjan ont été surpris de se retrouver sur la liste alors qu’ils ne sont « candidats à rien ». Le travail qui attend le Conseil constitutionnel est donc immense.

Le parrainage en question

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C’est l’élément nouveau des dossiers de candidature à la présidence de la République en Côte d’Ivoire. L’idée est que le potentiel candidat rassemble, sous son nom, au moins 1% de l’électorat dans au moins « 17 des 31 régions du pays ». Pour y parvenir, il faut faire le tour du pays, ce qui, selon plusieurs modestes candidats, « nécessitait un investissement financier important ». D’ailleurs, certains parrains ont exigé en contrepartie de l’argent. « J’ai dû payer 2000 F cfa (3€, Ndlr) à plus de 6000 personnes » déplore un chef de parti qui dénonce les explications tardives de Ibrahim Coulibaly. Pour le président de la Cei, « un candidat sérieux ne doit avoir aucun mal à mobiliser ses signatures ». Mais même parmi les candidats que personne n’oserait qualifier de « fantaisistes », Mamadou Koulibaly  s’insurge contre « une invention pour éliminer des candidats ». Le candidat de du parti Lider et maire d’Azaguié (sud du pays, dans le département de Agboville)  qui a reçu Afrika Stratégies France à Abidjan aurait, au dernier moment, réussi le pari du parrainage selon une source au sein de son parti.

Pas moins de 13 pièces

Mais pour être candidat, il faut, au-delà du parrainage, une multitude de pièces justificatives. C’est un vrai parcours de combattant. Un gros dossier avec la carte d’identité ivoirienne accompagnée d’un certificat de nationalité dans un pays où les relents identitaires sont légions. A cela, il fallait ajouter des photos d’identité, un casier judiciaire, une attestation du parti qui vous désigne et pour les indépendants, un logo. Le dossier contient aussi une attestation de non-renonciation à la nationalité ivoirienne et un certificat de résidence. Vient ensuite la pièce maitresse, la preuve de paiement des 50 millions de caution (75.000 €) au Trésor public. Enfin, une déclaration de candidature signée qui renseigne l’identité, la profession et la résidence du candidat mais aussi les nationalités des parents. Curieuse exigence dans un pays où pendant longtemps, il fallait être de « père et de mère ivoiriens » avant de postuler à la magistrature suprême alimentant le passionné débat du « et/ou » au milieu des années 1990. Tout cela n’a pas empêché quelques fantômes de s’inviter dans la liste qu’à tenu à jour la Cei lundi dernier.

Candidatures fantômes

« Au moins deux personnes ont été surprises de se retrouver sur la liste des candidats » de la commission électorale selon une source au sein de l’institution. C’est le cas de l’ancien préfet d’Abidjan. Vincent Toh Bi Irié dit ne pas être candidat alors que son dossier a été bien déposé lundi en fin de journée par un certain Daniel Ninsemon. Il n’était bien évidemment pas accompagné des 50 millions, environs 75.000 €, que verse chaque candidat en guise de caution. Parmi les 45 noms qui figurent sur une liste que nous avons pu consulter à la Cei, de nombreux anonymes dont la plupart n’ont pas daigné verser ladite caution. « Certains veulent juste amuser la galerie » admet un agent de la Cei. « Plus de 80% des dossiers soumis seraient incomplets » selon Yacouba Sangaré. Le Directeur de la rédaction du Patriote indexe aussi des « candidatures improbables comme celles de Gbagbo et de Soro qui ne sont pas éligibles du fait de leurs condamnations par la justice ivoirienne ».  Le patron de la rédaction de ce grand quotidien d’Abidjan, proche de la majorité s’attend « à pas plus de 5 ou 6 candidats » en fin de compte.

La présidentielle est prévue pour le 31 octobre prochain alors que le Covid-19 semble sous contrôle ces derniers jours en Côte d’Ivoire  avec 18103 cas au total le 1er septembre et 117 morts en tout. Depuis fin août, plusieurs jours ont affiché zéro nouveau cas.

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