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Jean-Alexandre Hountondji : « L’opposition béninoise est déjà exclue des prochaines élections »

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Médecin, Jean-Alexandre Hountondji enseigne l’infectiologie et est aussi spécialiste de santé publique et gestionnaire des Services et Systèmes de Santé. Il aura été très proche de Yayi Boni, ancien président du Bénin dont il fut le chargé de mission, puis ministre chargé des relations avec les Institutions ainsi que porte-parole du gouvernement. Si au début, il a cru au vent de rupture annoncé par Talon, il a vite déchanté. Aujourd’hui, c’est un homme en colère qui se livre à Afrika Stratégies France. Ferme, furieux et presque radical, il peint en noir la gestion de l’actuel régime et dénonce des réformes entre copains pour « mettre à genoux, définitivement, la démocratie« . Rencontre avec un ancien ministre amère !

Vous avez été un ancien collaborateur du président Boni Yayi, quelles sont vos relations avec l’homme aujourd’hui ?

Nos  relations humaines  sont au beau fixe. Nous sommes unis par la résistance aussi, dans le combat pour éviter à notre pays le naufrage dictatorial qu’il connaît aujourd’hui. Donc Boni Yayi et moi, nous sommes des amis, et nous sommes tous deux des sociaux-démocrates. J’ai été son ministre, j’ai été surtout son conseiller spécial à la politique et à la santé.

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Mais Yayi Boni, il est où aujourd’hui ?

Officiellement, il est  en train de se soigner, parce qu’il a été pris en otage dans son propre domicile pendant 52 jours, comme suite à son opposition à l’exclusion de tous les partis politiques de l’opposition, des élections législatives du 28 avril 2019. Mais aux dernières nouvelles, je crois savoir que  sa santé s’est améliorée et qu’il est en train de récupérer de toutes ces émotions, de toutes ces frustrations et brimades, dans un pays voisin.

Malgré tout ce que vous faites, Patrice Talon continue se dérouler sa politique unilatérale. Comment expliquez-vous cela ?

Mais ce n’est pas d’une politique qu’il s’agit au Bénin. Il s’agit d’une gouvernance redoutable, une gouvernance sociale, économique et politique et d’autres encore, qui s’acharne non seulement à compromettre l’avenir de ce pays, mais aussi à créer un État la terreur. Un acharnement contre la constitution a amené le régime en place, à adopter un mode  de gouvernement du pays, qui  se passe complètement de ladite constitution, grâce à l’instrumentalisation la cour constitutionnelle, qui a été illégalement mise en place, dans le choix de ses membres, une cour constitutionnelle monocolore. Devant nous, on dirige ce pays depuis longtemps dans l’arbitraire, dans l’injustice, dans la corruption d’État, dans la prédation, des conflits d’intérêt au sommet de l’État, dans la confiscation du pouvoir, dans la fusion des institutions de la République.

Les Fcbe ont boycotté le dialogue initié par le chef de l’État, qu’est ce qui en est sorti de positif ?

Non Fcbe n’a pas participé à cela, parce qu’en fait,   il s’agit d’un prétexte à fournir aux affidés du mouton noir qui profane le palais des gouverneurs à Porto-Novo, qui se font pompeusement appeler député  et qui ne sont pas élus par peuple. C’est pour donner un prétexte à ceux là pour organiser un triffouillage de la constitution. A mon avis, rien de positif n’en est sorti.

Patrice Talon a réussi à ouvrir la voie à une modification de la constitution, quelle lecture en faites-vous ?

Il ne s’agit pas d’une révision de la Constitution mais d’une légalisation  de sa violation habituelle par le tyran au pouvoir au Bénin. Le mode par lequel la révision  de la Constitution  pourrait se faire est prévu  par elle- même. Il s’agit d’un trifouillage clandestin, fait à la hâte par des affidés qui ont opéré dans la nuit noire de la Toussaint peu après  minuit. A part les auteurs, nul ne connaît  le contenu, le fond des modifications apportées  à la loi fondamentale.  C’est proprement scandaleux.

Qu’est-ce vous trouvez de bon dans la gestion de Patrice Talon, depuis plus de 3ans au pouvoir maintenant ?

Non c’est à moi de vous le demander, moi je suis de la résistance, je suis de l’opposition pure et dure. Tous les repères ont été sapés. Tous les efforts que nous avons faits pour construire ce pays sont en train d’être sapés devant nous. Rien de bon ne peut en sortir.

N’avez-vous pas peur qu’en faisant la politique de la chaise vide, le pouvoir n’en profite pour écarter l’opposition des prochaines élections ?

Le calendrier électoral a été constitutionnalisé pour les besoins de ce que vous savez.  L’opposition est déjà exclue depuis longtemps. On a pris des mesures supplémentaires, on a instauré un certain parrainage et si vous voulez être candidat aujourd’hui, il faut que  ce soit des gens qu’ils ont élus dans nos régions ici et là qui vous parrainent. Mais eux ils n’ont pas besoin de parrainage, ce sont ceux qui veulent se présenter contre le chef de l’État, qui ont besoin de parrainage politique, or les partis qui sont entérinés aujourd’hui sont ceux du chef de l’État, ou des partis soumis au président de la République. L’opposition est déjà exclue et d’ailleurs le peuple béninois est exclu de ce qui se passe aujourd’hui, parce que, personne n’est associé et personne n’a donné son accord dans tout ce qui se passe aujourd’hui et qu’on a appelé « réformes ».

Le Bénin  devrait désormais organiser des élections générales cumulées. Que craignez-vous ?

Chaque réforme vise à exclure les opposants et le peuple. Il n’y a plus d’élection au Bénin. Il n’y a que des mascarades et la décision de cumuler les scrutins vient d’une constitution modifiée clandestinement. Tout est fait pour maintenir le même système contre toute démocratie, aussi longtemps que voudra Patrice Talon.

Propos recueillis à Cotonou, par Thomas Azanmasso, Afrika Stratégies France

 

 

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