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VATICAN : Nouveaux cardinaux, quels enjeux pour l’Afrique ?

François a annoncé lors de l’angélus de ce dimanche 1er septembre l’élévation de 13 clercs au cardinalat. Si la diversité de leurs origines montre la vocation missionnaire de l’Église comme tient à le préciser le Pape, il ne suffira pas à faire du prochain pontife un africain. Mais le Sacré collège n’aura jamais été autant tiers-mondiste.

Comment le pape choisit-il les cardinaux ? Sur trois critères en général. D’abord, l’élévation au cardinalat est liée au poste qu’occupe le prélat ou clerc concerné. Ainsi, quand on est archevêque de Bordeaux, Paris, Marseille ou Lyon (en France), on a toutes les chances d’être cardinal. Idem pour les grands diocèses africains. Abuja, Lagos, Johannesburg,  Abidjan, Dakar, Kinshasa. Ensuite, les membres de la Curie romaine (gouvernement de l’Église) les préfets de congrégations (ministères d’Etat) ou les présidents de commissions (ministères).  Enfin, le Pape peut y appeler l’un de ses amis ou un homme de Dieu (religieux, prêtre ou évêque) qui aura rendu un service particulier à l’Église. Il était donc prévisible que Mgr Fridolin Ambongo devienne cardinal depuis qu’il a succédé à l’emblématique cardinal Monsengwo. On aurait pu s’y attendre pour Benjamin Ndiaye qui est à la tête de Dakar au Sénégal.

Qui sont les nouveaux cardinaux africains ?

Ils sont trois sur le continent mais seul un est actif. Dans le trio, l’archevêque de Rabat qui est originaire d’Europe peine à se faire accepter comme « africain ». Mgr Cristobal Lopez Romero aura accueilli le Pape en mars dernier et s’inscrit dans la ligne droite de la politique de dialogue avec le monde musulman entamée par François. Né en 1952 en Espagne, ce salésien de Don Bosco a fait ses études de philosophie, théologie et de journalisme à Barcelona.  Ordonné prêtre en 1979, il aura été provincial (chef régional de sa communauté) en Bolivie et en Espagne avant d’être nommé, fin 2017, évêque de Rabat. Mgr Fridolin Ambongo est le plus connu et le plus célèbre du trio. Né en 1960, il fait des études de théologie morale à l’Université de Latran (Rome) avant d’être ordonné prêtre en 1988. Nommé évêque en 2004 par Jean Paul II, il dirige le diocèse de Bokungu-Ikela jusqu’en 2016 où il fut désigné coadjuteur du très stratégique archidiocèse de Kinshasa, il en est titulaire quelques mois plus tard. Quant à Eugenio Dal Corso, il fut longtemps missionnaire en Angola et a dirigé  l’archevêché de Benguela. C’est son travail pour les pauvres qui lui vaut cet honneur tardif. Il ne devrait pas, à cause de son âge (plus de 80 ans), participer à l’élection du prochain Pape.

Pourquoi l’Afrique peine à décoller ?

Quoiqu’on dise, le continent africain reste à la traîne si on tient compte de son poids démographique dans l’Eglise. Avec 185 millions en 2010, 222 millions en 2015 et  228 millions en 2016 sur les 1,2 milliards du monde, l’Afrique connaît une vertigineuse augmentation de 23 % en six ans. Mais son retard à occuper des postes dans l’Eglise est dû à l’avènement tardif de l’évangélisation. La plupart des pays ont connu l’arrivée de leurs premiers missionnaires catholiques lors des trois derniers siècles. Une si jeune église a été longtemps privée de clercs aux parcours adaptés. L’émergence de grandes villes étant un phénomène récent, peu de diocèses ont pu mériter d’avoir à leur tête des cardinaux. Il faut ensuite compter avec des scandales souvent liés à la chasteté qui se multiplient sur le continent et l’accointance régulièrement observée entre les prélats et les hommes politiques. Ces réalités fragilisent les hommes de Dieu et en recale sans doute quelques uns. Avec aujourd’hui 26 cardinaux en tout et seulement 16 sont électeurs sur les 118 à ce jour, l’Afrique reste l’enfant pauvre et devrait patienter encore quelques décennies pour avoir son premier Pape.

Impacts sur le prochain conclave

Les impacts sur le prochain conclave ne seront pas trop importants à l’étape actuelle. Parce que les nouvelles nominations ne changeront pas grand-chose dans la configuration qui prévalait en cas de conclave (élection de pape). Puisque parmi les 13 cardinaux nommés, seuls 10 pourront participer à la prochaine élection du Pape, 3 ayant atteint largement les 80 ans au delà desquels on n’est plus papabili (papable). S’il est espagnol d’origine, Mgr Lopez Romero est plutôt africain, dirigeant le diocèse de Rabat et a longtemps été en mission en Amérique latine. Il est peu probable qu’il vote pour un cardinal européen. Le vieux continent détient tout de même 43% des électeurs, contre 18% pour l’Amérique latine et 13,3% pour l’Afrique, 12,5 pour l’Asie et 10% pour l’Amérique du Nord. Depuis qu’avec Jean Paul II, les Italiens ont perdu le trône de Saint Pierre, en 1978, le nombre de cardinaux de ce pays a baissé progressivement, pour se retrouver aujourd’hui en dessous des 20% contre plus de 50% il y a quelques décennies. S’il est probable qu’à défaut d’être décédé sur le siège pétrinien, François pourrait démissionner dans les prochaines années, il reste très improbable que le Pape soit africain.

MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France

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