Afrika Strategies
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Baba Deme : « Contrairement aux idées reçues, la diaspora africaine a toujours entrepris »

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A la tête de la société de conseil Weltima, spécialisée dans le coaching du développement personnel et professionnel, Baba Deme, originaire du Sénégal, basé en région parisienne, n’est plus à présenter dans les milieux économiques et étudiants de la diaspora africaine en France, tant son réseau est immense. Celui qui croit dur comme fer aux valeurs d’unité et de solidarité a aussi pour projet d’étendre son entreprise dans le continent africain, notamment dans l’espace de la Cedeao où il fait face à de multiples demandes.

Il figure parmi ceux qui ne manquent jamais un évènement ou un Forum dédiés à la diaspora ou à l’Afrique. Toujours en train d’encourager toute initiative qui fait avancer la communauté africaine en France, Baba Deme est devenue une figure incontournable au sein de cette dernière. Celui qui n’est jamais avare en compliments pour chaque personnalité qu’il croise, tel que récemment Assa Traoré, à laquelle il a lancé lors d’une rencontre à Paris: « Voici notre icône pour le combat d’Adama, tu es notre Angela Davis à nous », est avant tout un homme de terrain, qui a longtemps évolué dans les organisations et associations d’étudiants africains pour défendre leur cause et les soutenir. Lui-même a connu les galères de tout étudiant étranger après avoir quitté le Sénégal pour étudier les sciences économiques à l’université Paris 13, avant de décrocher un DEA en économie industrielle. Face au marché de l’emploi très rude, il décide dès 2012 de se lancer dans l’entrepreneuriat, proposant des coachings et formations dans le développement personnel et professionnel.

Comment analysez-vous le fait que la diaspora africaine entreprend de plus en plus ?

En fait, la diaspora africaine a toujours entrepris, contrairement aux idées reçues. Seulement elle est désormais plus visible notamment grâce à l’avènement des réseaux sociaux. Je trouve cela salutaire car ça a un impact positif dans la communauté. Avant on ne voyait pas les entrepreneurs de la diaspora et on ne les connaissait pas. Du coup le manque de modèles ne nous encourageait pas forcément à entreprendre. La réussite d’un entrepreneur dans la communauté inspire et pousse d’autres à se lancer en se disant que c’est possible. Et j’invite ces entrepreneurs aussi à partager leurs expériences auprès de la communauté.

Vous comptez vous déployer en Afrique. Quels conseils donnez-vous aux entrepreneurs qui souhaitent faire de même ?

Quand on entreprend en Afrique il faut revoir sa vision de l’entreprenariat. On n’entreprend pas en France comme on entreprend dans un pays africain. Le meilleur moyen de s’en sortir est de se faire accompagner, apprendre la culture et connaître les codes du pays. Il faut aussi avoir de la patience, être respectueux et surtout se tisser un réseau. La relation humaine est la clé de la réussite de tout projet.

Vous êtes particulièrement sensible à la situation des étudiants étrangers. Quels sont leurs principales difficultés ?

Tout leur parcours académique est semé d’embûches. On aurait pu en sourire en se disant que c’est l’école de la vie. Seulement, ils n’ont pas les mêmes droits et ne sont pas logés à la même enseigne que les étudiants français. Après avoir obtenu le visa et une inscription dans une université française, l’étudiant pense que le plus dur est fait. La vérité est que c’est là où les difficultés commencent : entre le logement, les dépenses quotidiennes sans parler des charges qu’on découvre au fur et à mesure et sans compter le casse-tête pour trouver un stage. L’un des principaux problèmes est l’administratif avec la préfecture, le statut étudiant et les problèmes concernant l’insertion professionnelle. Heureusement qu’il y a des associations étudiantes africaines qui permettent aux étudiants de pouvoir être orientés, conseillés et accompagnés dans leurs démarches.

Quel est votre regard sur la hausse des frais d’études imposés par le gouvernement français aux étudiants étrangers ?

C’est une loi injuste. Je pense même qu’elle est populiste voire politique. Les étudiants africains sont clairement visés. Depuis quand pour être plus attractif on multiplie par 16 les frais universitaires. Je n’ai jamais vu ça. Imaginez juste qu’on multiplie les frais de scolarité des étudiants européens par trois en France, vous verrez que cette loi ne tiendrait pas deux  semaines. Multipliez par deux les frais médicaux au nom du déficit de la sécurité sociale et vous verrez si la France ne sera pas paralysée. Ceci montre l’absurdité de multiplier par 16 les frais de scolarité des étudiants étrangers. Si la France était attractive, c’est bien parce que l’enseignement supérieur était plus accessible. Si désormais les étudiants doivent investir plus pour étudier en France, autant aller au Canada par exemple car la qualité de l’enseignement français ne changera pas. Le modèle marketing de la France est liberté égalité, fraternité, notamment dans le domaine de l’accès à l’éducation et à la santé. Pourtant je ne serai pas étonné demain que l’accès à la santé des étrangers soit remis en cause au nom du déficit de la sécurité sociale et des élections politiques.

Et la responsabilité des chefs d’Etats africains dans tout cela, qui donnent peu de perspectives d’avenir à la jeunesse africaine…

En fait, je pensais que le fait d’appartenir à la Francophonie avec tous ces beaux discours de solidarité entre la France et les Etats africains aurait sur le plan de l’enseignement supérieur une forme de protection pour les étudiants.  Ce n’est absolument pas le cas. C’est donc aux Etats africains aussi de faire le nécessaire pour permettre une alternative, en développant des structures pour assurer l’avenir professionnel des jeunes et aussi d’éviter d’être pris au dépourvu. Eux qui protègent si chèrement le franc CFA doivent revoir leurs priorités…

propos recueillis par Assanatou Baldé, Afrika Stratégies France

 

 

 

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