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Saholy Malet : « L’état de droit est un préalable fondamental au développement »

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A quelques mois de ses 50 ans, on lui en donnerait 15 de moins. C’est à Madagascar que Saholy Malet est née en 1969.  Mais c’est aussi sur la Grande-Ile qu’elle passera la moindre partie de sa vie. L’essentiel, c’est en Algérie, au Maroc et en France où elle enchaîne projets et initiatives.  Pour l’éternelle jeune femme, tout va vite. A peine cette diplômée de la Sorbonne et titulaire du Capes se souvient encore que pendant 10 ans, elle a été, pour le compte de l’Éducation nationale, professeure d’anglais avant de sauter dans la com. Car pour cette entrepreneure au charme envahissant, tout s’enchaîne, à grande vitesse. D’abord  le secteur de la publicité dans une agence parisienne gérant de grandes marques internationales. Ensuite, comme lobbyiste à l’Université Panthéon-Assas où elle décrocha plus tôt, à  l’Institut de Droit des Affaires, son Master 2 Droit de la Communication et de l’executive MBA et un Master droit des affaires et management-gestion. Vite repérée par l’un des plus grands groupes français de communication, Malet y passe quelques années avant de créer sa propre agence, Malet and Malet. Elle accompagne depuis 2014 les porteurs de projets, en Afrique, et les met en relation avec des financiers. Elle est à la tête du Forum international des Investisseurs à Madagascar et en Afrique (Fidima) et reste très attachée au Maroc, l’un de ses pays de transit. Membre du conseil d’orientation du Forum des diasporas africaines, elle se livre à Diasportrait, la rubrique de Afrika Stratégies France consacrée à ces Africains qui, loin de leur continent, se battent et s’imposent. Entretien.

Votre vie est un marathon. Vous avez vécu en Algérie, au Maroc et vous êtes en France maintenant. Rappelons que vous êtes née au Madagascar, quelle relation entretenez-vous avec votre pays d’origine ?

Je pense que j’entretiens la même relation que d’autres personnes de la diaspora, il y a le lien affectif qui est très fort. Et comme vous le dites, j’ai vécu en Algérie et au Maroc même plus longtemps que dans mon pays natal. Je me sens à la fois marocaine et algérienne. Donc très africaine (sourire).

Est-ce que vos activités ont un impact sur votre pays notamment le quotidien au Madagascar, pays très pauvre?

C‘est ce que j’essaie de faire mais pas uniquement sur le Madagascar, malgré l’intitulé du forum, Forum international des investisseurs à Madagascar et en Afrique. J’essaie de travailler aussi bien sur l’Afrique subsaharienne que l’Algérie et le Maroc aussi.

Avez-vous une filiale au Madagascar ?

Oui, je viens de la créer seulement depuis février dernier. Je la dédie exclusivement à l’Afrique. Je travaille déjà depuis ici en France sur l’Afrique et le reste du monde mais la filiale là bas est consacrée uniquement au continent.

Vous pensez que la diaspora malgache peut vraiment accompagner le développement malgré que le contexte et la situation soient très différents ce qu’il y a 0ici ?

Absolument. La difficulté est qu’il ait une défiance des deux côtés.

C’est-à-dire ?

Je constate que les Etats se méfient un tout petit peu des diasporas en raison de leurs poids potentiels économiques. Notamment en ce qui concerne les colossaux transferts d’argent.  Et inversement, les diasporas, je ne veux pas parler en  leur nom, mais elles veulent avoir davantage de poids dans leurs pays d’origine. Et donc la difficulté est de rester indépendante. C’est pour cela que j’ai accepté tout de suite de faire partie du conseil d’orientation de  ce forum des diasporas africaines. Être indépendant c’est important parce que ça permet de pouvoir s’adresser à tout le monde.

Vous avez travaillé longtemps pour de grandes marques à travers des agences de communication françaises, pourquoi le besoin de créer votre propre agence ?

C’est l’envie, je pense, de passer un certain cap. J’ai été professeur d’anglais pendant dix ans pour l’Éducation nationale, j’ai travaillé dans une agence et je pense qu’à un moment, on se pose des questions et on a envie de donner un tout petit peu de ce qu’on a reçu à son pays ou à l’Afrique. C’est pour cela que je suis si liée à Maroc Entrepreneurs par exemple.

Ces dernières années, la démocratie a reculé en Afrique. Pensez-vous que l’état de droit est un préalable au développement ?

Je suis juriste de formation et je pense que c’est même fondamental. Ne serait-ce que parce que sans état de droit, il n’y a pas d’investisseurs. Déjà pour cette raison et comme j’essaie de promouvoir l’entreprenariat à mon échelle, un chef d’entreprise a besoin de savoir qu’il fait quelque chose dans le temps et que ça ne sera pas perdu du jour au lendemain. Qu’il ne sera pas victime d’acharnement fiscal par exemple ou ce genre de choses contre lesquels il ne peut pas lutter parce qu’il n’est pas à armes égales face à l’État. Et je pense que la chance qu’on a en Afrique, avec le développement du Mobile banking notamment, il y a d’autres structures qui interviennent et permettent la transparence en matière de transferts d’argent  par exemple. Il s’agit là, je crois, d’une vraie chance.

Votre pays d’origine vient de connaître une  brillante alternance. Qu’est ce que cela crée chez la Malgache que vous n’avez jamais cessé d’être?

J’ai le même espoir qu’il y a quatre ans. Mon premier forum coïncidait avec les premiers changements démocratiques après quelques années troubles. Là il y a beaucoup d’espoirs d’autant que dans l’un des projets que j’observe à distance, il y a pour l’année prochaine la reconstruction du Palais de la Reine d’Antananarivo qui avait brulé et le président de la République a voulu que ce soit reconstruit pour les 60 ans d’indépendance du Madagascar. Ces genres d’impulsions symboliques parlent aux personnes et à la diaspora.

Juste une dernière question, quel est l’importance du Palais de la Reine pour les populations locales et qu’est ce qu’il représente pour les Malgaches ?

Je ne me sens pas légitime pour parler en leur nom mais à titre symbolique c’est important et je sens cette corrélation avec d’autres pays africains à l’instar desquels nous avons eu des reines et des rois. C’est pour cela que je me sens à l’aise quand je parle avec des gens d’autres pays comme le Maroc  qui sont aussi dans un système monarchique. Cela nous rapproche. Ainsi que d’autres pays qui ont connu des royautés. Et cela me rapproche aussi de gens venant d’autres pays avec qui se partage cette réalité historique. C’est extrêmement culturel et symbolique.

Propos recueillis  par Brice Kodjo, Paris, Afrika Stratégies France

 

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