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SENEGAL : Après la présidentielle, l’impossible dialogue !

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Annoncé vainqueur de la présidentielle avec plus de 58,27%, sa victoire est teintée d’une certaine suspicion dans un pays qui s’est imposé depuis son indépendance comme un modèle démocratique. Les méthodes du président sortant ont interloqué plus d’un et sa main tendue peine à trouver de preneurs.

Comme annoncée par la Commission nationale de recensement du vote, le Conseil constitutionnel a validé la victoire du candidat sortant, Macky Sall ; au premier tour de l’élection présidentielle du 24 février. Aussi tôt, le vainqueur a appelé toutes les forces vives de la nation, à un dialogue inclusif pour apaiser le climat social. Déjà, pour l’opposition, ce énième appel au dialogue du président de la République semble tomber dans des oreilles de sourds, et cela s’annonce impossible avec la position mitigée du pouvoir et les frustrations qu’une élection au premier tour a provoquées au sein de l’opinion nationale.

Référendum, processus électoral et loi sur le parrainage

Contrairement aux quatre candidats de l’opposition qui se sont prononcés par la voix d’Idrissa Seck, pour rejeter en bloc les résultats provisoires donnés par la Commission de recensement du vote, le 28 février, le président Macky Sall  a attendu le verdict du Conseil constitutionnel. A cet effet, il a fait sa première sortie après que son élection avec plus de 58% des suffrages valablement exprimés ; dès le premier tour. Pour son second mandat qui sera effectif après sa prestation de serment prévue le 02 avril prochain, le président Macky Sall veut fumer le calumet de la paix avec l’opposition. Durant les sept années de son premier mandat, aucun dialogue n’a été possible entre le pouvoir et l’opposition dite, représentative ; au Sénégal. Le 20 mars 2016, le président de la république qui avait promis d’écourter son mandat de deux ans, convoque le peuple sénégalais aux urnes, pour se prononcer sur quinze les points de la révision constitutionnelle. L’opposition qui avait considéré qu’elle n’avait pas été consultée pour se prononcer sur les quinze points de cette révision constitutionnelle, vota massivement Non. Après la victoire du Oui permettant au président d’achever son septennat avec une décision ou un avis du Conseil constitutionnel ; ce fut le premier crash. Au lendemain des élections législatives de juillet 2017 où l’on a enregistré plusieurs manquements, le pouvoir invite l’opposition à un dialogue sur le processus électoral ; en vue de la présidentielle. Même si les principaux partis de l’opposition ont boycotté les travaux avec la Direction générale des élections (DGE), le pouvoir n’a pas fait de concessions sur certains points tels que l’instauration du bulletin unique, l’organisation du scrutin par une personnalité neutre. Le 19 avril, l’assemblée nationale majoritairement favorable au président Macky Sall, vote la loi sur le parrainage, en modification du code électorale de 1992 qui avait grandi la démocratie sénégalaise ; de deux alternances politiques. Plusieurs leaders de l’opposition dont l’ancien Premier ministre Idrissa Seck qui ont tenté de marcher pour contester cette loi, ont été arrêtés ; par les forces de l’ordre. L’entrée en vigueur de la loi sur le parrainage va éliminer de potentiels candidats à la candidature et à l’élection présidentielle. Seuls cinq candidats ont été retenus par le Conseil constitutionnel. Au demeurant, force est de reconnaitre que le climat de suspicion et de méfiance qui pollue l’atmosphère politique entre le pouvoir et l’opposition au Sénégal, trouve ses origines conflictuelles ; dans les nombreux points de désaccords n’ayant jamais abouti à un consensus. D’ailleurs, c’est l’une des raisons évoquées ayant amené l’opposition à ne pas féliciter le Président Macky Sall après sa réélection. A cela, vient s’ajouter la radicalisation des quatre concurrents de l’opposition. Ces derniers déçus de ne pas voir leur adversaire commun au second tour, considèrent que les résultats provisoires relayés par la  Commission nationale de recensement du vote, reflètent la commande du candidat sortant. Ils estiment que le président Macky Sall a confisqué la volonté du peuple sénégalais et en assumera seul, les conséquences. Alors qu’elle n’a pas fini de ruminer sa défaite avec le nombre élevé de femmes, de jeunes et de responsables arrêtés dans ses rangs, au lendemain de la publication de ces résultats ; le président Macky Sall les invite à un dialogue inclusif pour apaiser le climat social.

Les préalables d’une participation de l’opposition

Le premier mandat du président du Président Macky Sall est marqué par l’arrestation et l’emprisonnement de deux potentiels adversaires de taille que sont ; Karim Wade et Khalifa Sall. Le premier étant le fils de l’ancien Président Abdoulaye Wade, est lui aussi, un ancien ministre d’Etat ayant géré plusieurs portefeuilles, a été condamné à 6 ans de prison par la Cour de  répression contre l’enrichissement illicite (CREI) et à une amende de plus de 100 milliards de francs Cfa. Bénéficiant d’une grâce présidentielle et exilé au Quatar, Karim Wade n’est toujours pas revenu au Sénégal pour se battre aux côtés des responsables et militants du Parti démocratique sénégalais (PDS). Et pour la première fois de son histoire, le parti du président Abdoulaye Wade ne vas pas participer à un scrutin présidentielle dont il était le candidat déclaré. Sa liberté est une condition préalable pour voire le PDS s’asseoir à la table du dialogue avec le Président Macky Sall. Ce dernier semble comprendre cet impératif. Ce n’est pas pour rien, il associe son prédécesseur Abdoulaye Wade  au dialogue, après l’avoir snobé depuis son avènement au pouvoir. Khalifa Sall le désormais ancien maire de la capitale est l’autre grosse pointure qui a eu maille avec la justice sénégalaise. Condamné à une peine de 5 ans pour détournement de deniers publics avec une amende 1,8 milliard de francs Cfa, il croupit en prison depuis deux longues années. Tête de liste de la coalition Takhawou Ndakarou pour les dernières législatives, il a été élu député. Sous le coup de la procédure judiciaire, Khalifa Sall va perdre son siège de député avant d’être révoqué de la mairie par un décret présidentiel. Lui aussi verra sa candidature invalidée par le Conseil constitutionnel, pour participer à l’élection présidentielle. Il va finalement rejoindre la coalition IDY-2019 dont le candidat Idrissa Seck est arrivé en seconde position pour le scrutin du 24 février. Ainsi, la libération de Khalifa Sall s’impose comme la condition de la coalition IDY-2019, à prendre part au dialogue que désire le président de la République.

Au cours d’un entretien accordé à France 24, le Président Macky Sall avait abordé la possibilité d’une amnistie pour Karim Wade et Khalifa Sall, au cas où il serait réélu, mais dans son propre camp ; plusieurs voix se lèvent déjà pour aller à l’encontre de cette volonté.

Almani Camara, Correspondant régional, Dakar, Afrika Stratégies France

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