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CEDEAO : Défis, risques et opportunités de l’adhésion du Maroc

Aucun signe avant-coureur de l’adhésion officielle du Maroc à la Cedeao, rien ne présage de l’imminence d’une telle annonce dans la perspective du 54e sommet de l’institution sous régionale  qui se tient le 22 novembre prochain à Abuja. Les Grandes décisions, encore moins les petites, de la dernière réunion ordinaire de l’organisation sous régionale à Lomé, se sont fait muettes sur le dossier. Et pourtant le Royaume chérifien, non seulement remplit toutes les conditions, mais il offre au surplus des opportunités certaines pour les Etats membres. Entre les avantages du postulant, et les bénéfices de l’espace, de motifs de blocage retardent l’échéance.

Le Maroc s’y accroche, et rien ne lui fera lâcher le morceau. Encore moins l’annonce différée du 51e sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest tenu en décembre 2017  dernier à Abuja. « Le Maroc a déjà bien préparé le terrain et le report de l’adhésion n’est qu’une partie remise dans la mesure où le Royaume a toujours été coriace et prêt à aller jusqu’au bout », déclarait en janvier dernier l’économiste marocain, El Mehdi Fakir, à l’occasion d’une conférence-débat organisée sous le thème « Adhésion du Maroc à la Cedeao: Enjeux, défis et opportunités« . Car en effet le royaume, conscient des avantages que lui offre une adhésion à l’espace économique ouest africain, a mis un point d’honneur à baliser le chemin. Depuis son grand retour au sein de l’Union africaine le 30 janvier 2017, suivi quelques mois plus tard, les 6 et 7 juin par l’accord de principe de son intégration à la Cedeao, sa diplomatie a déployé toutes ses ailes pour nouer des partenariats avec la quasi-totalité des pays membres. Des relations institutionnelles et des transactions économiques, bref des liens de partenariat sud-sud qui lui assurent déjà une assise confortable dans la sous-région. Pas moins de 24 voyages effectués par le Roi Mohammed VI en personne, dans onze des pays membres sur la quinzaine. Et pendant que l’on s’attendait à la confirmation certaine de l’adhésion à part entière du Royaume chérifien à la Cedeao fin 2017, les chefs d’Etat et de gouvernement se rebiffent. Ils choisissent de commanditer une étude d’impact, pour peser le pour et le contre de cette intégration. Les raisons de cette volteface trouvent leurs origines au Sénégal.

Ce qui retarde l’adhésion

Les médias sénégalais l’avaient exposé en manchette de leurs livraisons au lendemain du 51e sommet : Macky Sall bloque l’adhésion du Maroc, titre du journal en ligne Seneweb.com. Le Président Sénégalais ferait partie des dirigeants qui ont demandé de surseoir au processus, pour avant toute chose, passer à la loupe toutes les requêtes d’adhésion, en plus de celle du Maroc, les demandes  de la Mauritanie et de la Tunisie, qui elles aussi se bousculent au portillon de la communauté. Macky Sall avait prêté oreille attente à la société civile de son pays. Celle-ci était très tôt montée au créneau pour donner l’alerte du danger qu’aurait constitué l’admission du Maroc au sein de la communauté. « Si jamais le Maroc devient un membre à part entière, il va asphyxier tous les pays membres. Sa force financière et sa compétitivité font qu’aucun pays ne peut rivaliser avec lui », s’était affolé le comité d’initiative de suivi de l’intégration, un comité composé d’organisations patronales, de syndicats, d’associations de la société civile et du monde universitaire, mis en place au Sénégal pour réfléchir sur la question. L’agriculture, l’industrie, l’artisanat, le commerce, les services sans oublier les bâtiments et les travaux publics sont quelques-uns des secteurs les plus susceptibles de forts impacts, a prévenu le comité. Au sujet précisément de l’agriculture, le comité fait remarquer que le Maroc est d’une « compétitivité redoutable », au-delà même de celle de « plusieurs pays occidentaux » comme le Portugal, l’Italie ou encore la Grèce. Ces coûts de production sont divisés par deux, voire trois, comparés à ses concurrents. L’Union Européenne l’aurait compris, raison pour laquelle elle a refusé que son marché soit ouvert aux produits du royaume. Et au comité de conclure : c’est face au refus du marché européen que le Maroc s’est retourné vers la Cedeao. Face à de tels arguments, le Président MackySall se serait vu obligé de faire pression sur ses pairs afin que la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest mette en place un instrument d’étude de l’impact de l’adhésion du Maroc à la communauté. Une injonction entérinée par la composition d’un comité de chefs d’Etat qui regroupe les Présidents togolais, ivoirien, ghanéen, guinéen et nigérian, avec pour mission « d’adopter les termes de références et de superviser l’étude approfondie des implications de cette adhésion ». Les conclusions de cette étude sont déjà connues, ce document de 66 pages fait l’état des lieux des avantages et des défis qui accompagnent l’intégration du Maroc. Les profits pour l’espace l’emportent sur les défis, et pourtant, le processus stagne

Les opportunités pour la Cedeao

Le rapport d’examen des implications potentielles de la demande d’adhésion du Maroc à la Cedeao, conclut que cette intégration peut apporter de la valeur ajoutée à l’économie sous régionale et renforcer la stabilité de la sous-région tout en bonifiant l’influence du bloc. Le rapport met en valeur « les capacités militaires, d’équipement et la capacité économique du Maroc notamment dans les domainesdes opérations de maintien de la paix, de lutte contre le terrorisme. » Et ajoute qu’en tant que bloc régional, « la Cedeao devrait anticiper la manière de traiter la question du territoire du Sahara Occidental, car elle constitue un potentiel facteur qui pourrait créer des divisions entre les États membres actuels dans le cas où le Maroc se verrait accorder l’adhésion au bloc régional ». Des avantages qui sont également notés sur le plan de l’investissement direct, à travers le renforcement des relations dans plusieurs secteurs, entre le royaume chérifien et les Etats membres, et l’attractivité des investissements des parties prenantes pourraient s’accroître simultanément. Aussi bien dans le secteur agricole que celui industriel, les pays de la Cedeao pourront s’appuyer sur les bas tarifs d’importation pour répondre aux besoins du Maroc sur le plan de l’élevage et des produits laitiers. Le Maroc sommes toute s’affiche comme la puissance qui pourrait tirer vers le haut les Etats membres de l’espace sous régional. Et les études d’impact ont pris soin de définir les garde-fous susceptibles de protéger les pays les plus fragiles de la super puissance écrasante du royaume. Le changement de statut du Maroc, en passe de quitter l’étoffe de membre observateur pour celle de membre à part entière, serait hautement bénéfique pour la communauté, car il fera de la Cedeao la 17e plus importante économie du monde. Cette adhésion serait tout autant ou beaucoup plus bénéfique pour le Royaume chérifien qui ne compte pas laisser passer l’occasion.

Les intérêts du Maroc

Le Maroc se hisserait à la place de deuxième puissance de la Cedeao, derrière le Nigéria. Les Marocains trouvent en la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest un vaste marché. Avec l’adhésion du royaume chérifien, ladite communauté atteindra une nouvelle dimension avec une population estimée à 400 millions d’habitants, pour un PIB qui pourra tutoyer le chiffre faramineux de 750 milliards de dollars. Il ne fait aucun doute que les entreprises marocaines sont déjà très impliquées dans les économies de la sous-région, cette adhésion ne fera que lui permettre de renforcer sa présence et d’affecter le rôle d’acteur prépondérant dans le processus d’intégration des pays de la communauté. Ce qui offrirait à Rabat la possibilité de s’arrimer à une union bien organisée, et de ce fait, se soustraire à l’inertie de l’Union du Maghreb Arabe, une organisation moribonde dont le Maroc paie l’essentiel du fonctionnement. Cette adhésion offre une nouvelle dimension au traitement de la question du territoire du Sahara Occidental, ce territoire source de conflit notamment entre le Royaume chérifien et l’Algérie. Le soutien de la Cedeao pourrait être un atout notamment au sein de l’Organisation des nations unies (Onu).

A quand enfin l’adhésion

Il est clair que les deux parties, la Cedeao et le Maroc, nourrissent l’ambition de la fusion, celle qui accordera au Royaume une place de choix à la table des membres confirmés de la communauté. Les Avantages l’emportent sur les craintes, et les clauses s’affinent à définir de saines règles de coopération et de cohabitation entre le Maroc et les autres Etats membres. Cependant, les véritables raisons du piétinement du processus seraient inhérentes à certains aspects, visiblement délicats, de cette intégration. Les aspects liés notamment à la question de la libre circulation des personnes et des biens, le droit de résidence et d’établissement, la monnaie unique, le Tarif Extérieur Commun (Tec) ainsi que les aspects techniques de tout genre dans les futures relations entre la Cedeao et le Maroc. De tels aspects, selon la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, exigent un délai de transition. La plupart des ressortissants des pays de la Cedeo ayant besoin d’un visa pour se rendre au Maroc, la question de la libre circulation devrait être des plus délicates. Alors, le Maroc devra encore patienter dans l’antichambre, le temps qu’il faudra. Sans doute jusqu’en 2020, au plus tôt.

redaction@afrikastrategies.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

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