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Revue d'intelligence et d'Analyse

David Valence: « Cette édition est la plus réussie et celle de 2019 est un grand défi »

Président de la Communauté d’agglomération et Maire de Saint-Dié dans les Vosges en France, David Valence a reçu notre équipe en marge du 29e Festival International de Géographie dont Afrika Stratégies France est partenaire. Il fait un bilan largement au-delà des attentes et ouvre la balle des prospections pour la 30e édition. Elle aura lieu l’année prochaine, avec quelques touches particulières.

Vous êtes le maire de St Dié-des-Vosges, cela fait 30 ans que le Festival International de Géographie (FIG) a lieu dans votre ville. D’une édition à une autre, qu’est ce qui change fondamentalement? 

D’abord il y a le sujet et le pays invité bien sûr puis les invités. La personnalité des gens qu’on invite imprime une couleur à un festival. Ce qui change en plus, depuis quelques années c’est des animations en plus, je pense à l’idée qu’on a eu de créer un FIG Junior destiné aux enfants  à travers des animations qui ont un lien avec le thème du pays invité.  Je pense  à la place réservée aux bandes dessinées avec la création d’un prix de la bande dessinée géographique, une chose qui n’existait pas auparavant. Je pense aussi au dîner qui rassemble les personnalités du festival et les mécènes le vendredi soir c’est-à-dire en début de festival qui permet de créer une ambiance et de souder chaque personne qui vient.  Mais encore une fois, chaque édition a sa couleur propre, je vous dirai que celle que nous venons de vivre est la plus réussie que j’ai vécue depuis que je suis maire de St Dié parce qu’elle a mobilisé le plus  de public avec un état d’esprit détendu, rassembleur.

C’est une édition réussie, vous venez de le dire, mais c’est aussi  une édition de transition parce qu’elle connaît une nouvelle directrice depuis bientôt 1 an. Alors dites nous, quelle a été la spécificité de cette édition comparativement à celles que vous avez vécu ?

Sur le plan pratique, le grand changement, c’est le déplacement du salon du livre, qui auparavant était installé dans un bâtiment en dur, qui va devenir une future médiathèque office de tourisme intercommunal et lieu de formation juste à coté de la mairie. Et comme les travaux ont commencé, il faut nécessairement installer le salon du livre à un autre endroit.

Et donc on a fait le choix de ne pas le déplacer mais de l’installer dans un chapiteau et un grand chapiteau, du coup avoir de la place. Notre idée c’était que tous les acteurs puissent se voir, discuter, d’un stand à un autre, d’une maison d’édition à une autre. C’est le plus grand changement pratique et effectivement les auteurs nous ont fait savoir qu’ils avaient apprécié.

Cette édition, parce que le thème s’y prêtait, a renoué  également avec les tables rondes, et on a fait beaucoup de débat entre des gens qui n’avaient pas les mêmes opinions et forcement la France  de demain, la manière dont on allait rêver organiser le futur de notre pays. C’était nécessaire et indispensable.  Ça c’était les deux grandes modifications principales. Je dirais que ça  été aussi un FIG particulièrement prospectif. Mais d’un certain point de vue, je dirai que c’est le dernier festival d’un certain type. Le festival de l’an prochain devra faire une place plus grande aux autres champs de l’espace notamment l’architecture, il devra intégrer le spectacle vivant beaucoup plus qu’aujourd’hui, avec des performances qui devraient être plus nombreuses parce qu’aujourd’hui, les publics sont habitués aux temps courts, avec bien la généralisation de l’usage des outils numériques et donc le fait de proposer des conférences un peu longues ce n’est pas toujours complètement adapté au public. Et puis on cherchera aussi le plan pratique à  organiser différemment l’accès aux salles parce que nous avons tellement de succès qu’on est obligé de refouler beaucoup de gens et donc il faudra trouver une solution pour que ceux là puissent être gérés de façon un peu plus rationnelle et moins aléatoire.

Le thème de l’année prochaine c’est les migrations, dans tous les sens. C’est un thème assez délicat. La région qui sera à l’honneur c’est le caraïbes avec 14 pays qui y participeront, quels sont les défis auxquels vous pensez déjà ?

Le constat que nous avons fait cette année c’est que le festival a bien marché.  Aussi, parce qu’il s’articulait autour d’un thème politique. Donc nous avons aussi voulu poser des questions politiques  et donner à voir quelque chose qui était plus complexe à la fois que les caricatures hostiles qu’on voit parfois aux mouvements qui peuvent se faire d’un pays à un autre. L’idée c’est de dédramatiser cette question même si elle est dramatique. Nous bougeons tous en moyenne quatre (4) fois par jour et donc l’immigration est une partie de ces déplacements. Et un aspect qui est multifactoriel et lié à l’environnement, à la démographie et à l’accueil des immigrants. Donc quand on aura au sortir de ce festival, à la fois dédramatiser cette question et en même temps permis aux citoyens d’être bien formés sur ce sujet et l’aborder avec plus d’arguments qu’ils en ont aujourd’hui. Un petit peu avant les élections municipales et mieux avant la présidentielle. Il faut assumer les dimensions politiques au bon sens du terme.

Sur les pays, il faudra dépasser les anecdotes. Il y a de toute évidence dans les premières réactions qu’on a enregistrées une attention forte,  un désir  fort  des citoyens de voir tout de suite les thèmes sur les caraïbes abordés parce qu’il y a une image sympathique. Or ce sont des territoires éminemment complexes, d’abord parce que la part de l’indigénéité y est faible. La quasi-totalité des populations y sont arrivées à un moment donné, la plupart en même temps d’ailleurs,  quelques soit leurs couleurs, leur métissages, leurs priorités. C’est aussi l’un des endroits qui ressemble au monde tel qu’on peut l’imaginer parce qu’on y parle toutes les langues presque. On parle le français, le néerlandais, l’anglais, l’espagnol etc.. Donc c’est en fait un monde en soit. Il sera aussi question d’aller chercher des réalités douloureuses des caraïbes. Donc voila les défis qui nous guettent pour la prochaine édition.

Monsieur le maire, on ne pourra pas parler de l’immigration sans parler de l’Afrique, c’est comme si on semble occulter le cas africain. Quel est votre regard sur l’immigration des jeunes africains, surtout à travers la méditerranée ?

Il sera bien sûr  question de l’Afrique lors de ce festival, puisque ce sera le continent le plus peuplé dans quelques décennies. Il faut dire que l’Afrique a une population jeune, la jeunesse du monde d’ailleurs, c’est un territoire qui a des matières premières très intéressantes. Le défis que nous européens, on a à assumer vis  à vis de l’Afrique, c’est de voir ce que nous pouvons apporter comme solution parce qu’il y aura des milliers de personnes qui se déplaceront. Il faut aussi qu’on change de regard, et reconnaître que la migration est aussi une chance pour un pays très vieux comme l’Allemagne tout comme la France. La jeunesse de l’Afrique est une chance. On a un devoir de coresponsabilité et de co-humanité vis à vis des populations des pays africains.

55 000 festivaliers, c’est trois fois la population des Vosges,  c’est quand même un poids, c’est en quelques sorte un envahissement…

On peut parler peut être de conflits d’usage dans certains cas mais qui tout de même reste  marginaux. La réalité c’est que c’est une manifestation qui a donné de la fierté à cette population, parce qu’ils ont l’impression qu’ils s’intéressent au monde et le monde s’intéresse à eux. On a montré aussi que dans une ville comme ça, une ville de montagne on peut faire preuve de créativité, d’ingéniosité et de générosité, c’est des qualités des gens de montagne, cette solidarité, cet esprit d’accueil qui es très fort ici. Cette population a appris à regarder le monde, c’est ça qui compte. Le dynamisme qui est apporté, la manière dont on ressort d’un festival nous mêmes, plus mobiles qu’avant, plus de disponibles et c’est ça qui compte. Et après la question d’organisation, ça se règle toujours.

Propos recueillis à Saint-Dié-Des-Vosges, par Carlos Ketohou et Max Savi Carmel

 

 

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